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Du Pernambouc à Laval en passant par la Belgique, portrait du Brésilien

Alex Magno, le talent auriverde qui bonifie Hérouville Futsal

Résumé

À 26 ans, Alex Magno est l'un des fers de lance de l'excellente saison d'Hérouville Futsal en Divison 1. Le Brésilien, parfaitement acclimaté à la vie normande, est un joueur sur lequel ses partenaires aiment s'appuyer qui n'aspire qu'à travailler et à progresser depuis son départ courageux vers la Belgique en 2016 alors qu'il n'avait jamais évolué hors des frontières auriverdes. Aujourd'hui épanoui, le joueur souhaite poursuivre sa route en D1 et ne regrette aucunement ses choix : celui d'avoir rejoint l'Europe comme celui d'avoir opté pour le projet hérouvillais il y a un an. Portrait.

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En rejoignant Hérouville, le Brésilien Alex Magno a trouvé l'endroit parfait pour s'épanouir et mettre ses capacités à l'épreuve de l'élite hexagonale. ©Aurélien Renault
En rejoignant Hérouville, le Brésilien Alex Magno a trouvé l'endroit parfait pour s'épanouir et mettre ses capacités à l'épreuve de l'élite hexagonale. ©Aurélien Renault
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Non, il n'y a pas que la fratrie Alla pour porter avec brio les couleurs du futsal hérouvillais aux yeux de l'élite de l'Hexagone. Depuis le début de la saison, un joueur longiligne et hyperactif fait régner l'ordre dans l'entrejeu calvadosien, il nous vient tout droit du Brésil, et il répond au nom de José Alex Magno, « Kuki » pour les intimes ou juste « Alex » pour ses partenaires. À 26 ans, celui qui a grandi dans l'Etat de Pernambouc au pays du football démontre semaine après semaine sa maestria balle au pied et la brillante troisième place actuelle d'Hérouville Futsal lui est hautement imputable. "Dans ce club, tout le monde est sérieux, tout le monde est à fond à l'entraînement", explique-t-il. "Tout ce qu'on fait ici, on le fait bien. Si on rate une séance ou un match, c'est la vie, mais derrière tout le monde se remet toujours au travail". En somme, cet adepte du travail toujours tourné vers la progression a trouvé en Normandie l'environnement qu'il lui fallait pour briller. Le tout sans pression.

"À l'époque, pour tout concilier, je devais me lever À 4h du matin, c'était très difficile"

Alex Magno et le futsal, c'est d'ailleurs une longue histoire d'amour qui l'a fait voyager du Brésil à la Belgique jusqu'à rejoindre la France et Laval en 2017. Ce féru de ballon rond aurait d'ailleurs pu, à une époque, opter pour les pelouses plutôt que pour les revêtements en PVC. "J'ai commencé le football et le futsal en même temps, j'ai longtemps gardé les deux mais réussir à les concilier était difficile. Ma famille voulait à tout prix que je continue l'école, elle m'a laissé le choix entre « école et futsal » ou « école et foot ». J'ai gardé le futsal. J'aimais aussi le football bien sûr mais une rupture des ligaments au genou m'a définitivement décidé".

Pourtant, les prédispositions du jeune homme pour manier le cuir en plein air à 11 contre 11 étaient réelles. Et malgré les insistances de certains coaches de sa région et même quelques tests réussis avec succès, rien n'a finalement fait dévier « Kuki » de sa trajectoire. "À 15 ans, je me suis dit que le futsal, ce serait ma vie. À une époque, pour tout concilier, je devais me lever à 4 heures du matin, c'était très difficile. Un jour, j'ai fini par dire à ma famille que j'arrêterais l'école, que je jouerais au futsal et que je ferais les choses bien". Deux ans plus tard, le milieu de terrain tenait parole envers son rêve et s'enrôlait alors dans l'incertitude qui enveloppe ce genre de choix forcément risqué. Au Brésil où le sport est certainement plus en vogue qu'ailleurs, il réussit alors à évoluer à un très bon niveau, dans la D1 locale, le Campeonato Pernambucano, tandis que l'élite nationale lui fait les yeux doux sans qu'il ne réponde favorablement.

L'Europe, ce pari risqué devenu payant pour cet as du futsal

La carrière d'Alex Magno passe finalement par l'Europe et son choix de rejoindre le Vieux Continent aura été dicté par sa volonté d'offrir le meilleur à ses proches. "Que ma famille ne manque jamais de rien, c'était le plus important à mes yeux. J'ai toujours parlé avec mon papa et ma maman, le salaire au Brésil est tellement différent d'ici". Un joueur de futsal à plein temps ne gagne pas forcément bien sa vie en Amérique du Sud où certains ne touchent que l'équivalent de 450 € par mois. "Ça reste beaucoup là-bas", rapporte, toutefois, Alex Magno dont la première expérience hors du pays passe par le Selaklean Thulin, en Belgique, où il connaît rapidement le succès. "Quand j'étais à Fortaleza, où j'ai passé deux mois, André Venderlei qui dirige aujourd'hui Laval a expliqué à un de ses amis qui était mon coach qu'il cherchait un joueur". De manière expéditive, presque du jour au lendemain, Alex Magno se retrouve enrôlé dans un championnat belge dont il ignorait tout. Un choix qu'il ne regrette aucunement.

"Que ma famille ne manque jamais de rien, c'était le plus important à mes yeux"

Un an après son passage en Belgique, le manieur de ballon brésilien fan d'Andrés Iniesta et Marco Verratti atterrit à Laval, en D2 française, où il met encore une fois tout le monde d'accord. Si bien qu'il finit par taper dans l'œil d'Hérouville qui l'enrôle à son tour début 2020 en prévision des joutes à venir en D1. "La D1 française, c'est un championnat qui monte, il y a des internationaux qui sont là et il y en a beaucoup qui vont arriver d'ici deux ans", prédit celui qui a réussi des débuts remarqués à ce niveau et que beaucoup de ses adversaires commencent assurément à craindre.

Aujourd'hui rejoint par sa famille, le jeune papa de 26 ans vit une vie épanouie sur les bords de l'Orne. Son choix difficile de rejoindre des pays dont il ne parlait à l'origine pas la langue, il ne le regrette aucunement aujourd'hui, lui qui manie par ailleurs excellemment un Français entraîné par son accent lusophone. Alors que sa vie de famille et sa situation se sont stabilisées, son futsal a lui aussi connu quelques variations. "Avant, je tirais beaucoup plus au but, maintenant, j'aime être au cœur du jeu, et je préfère aussi passer le ballon à un coéquipier mieux placé. Et tout ça, ça se travaille". Régulateur du jeu hérouvillais, capable de garder le ballon dans des moments clefs et doté d'une certaine élégance lorsqu'il manie le cuir, Alex Magno a marqué cinq buts depuis le début de la saison et s'est mué en titulaire indéboulonnable, apprécié autant de ses coéquipiers que de son coach Ramzi Majri qui ne tarit jamais d'éloges à son égard. Si c'est un crève-cœur que si peu de spectateurs puissent admirer ses matches, pandémie oblige, l'essentiel reste acquis pour « Kuki » : que ce soit à Caen quand il rentre le soir où dans son Nordeste natal où vivent toujours ses parents, il y a toujours quelqu'un pour l'encourager. Et c'est, à l'arrivée, tout ce qui a toujours primé pour lui. 

Alex Magno, un avenir en équipe de France ?

Pour l'heure, Hérouville Futsal possède en Samir Alla le parfait ambassadeur en équipe de France de futsal. Mais si le sélectionneur national Pierre Jacky est un jour à court d'idées, qu'il prenne bien en note qu'Alex Magno se verrait bien pour sa part sous le maillot flanqué d'un coq même s'il reste très attaché à la sélection auriverde. "Je suis très très loin de l'équipe nationale du Brésil mais je pense qu'un jour j'arriverai à avoir une sélection", confie le joueur avec ambition, des étoiles plein les yeux. "Je n'ai jamais joué pour le Brésil, les joueurs qui y vont sont ceux des grands clubs, c'est plus facile pour eux". Et quand on lui demande en conséquence si revêtir le maillot bleu serait envisageable pour lui, l'Hérouvillais va droit au but : "Oui, pas de problème, en plus je suis bien habitué au pays, je parle la langue, ça fait quatre ans que je suis là alors pourquoi pas..." Alors si jamais Alex Magno devient un crack sous la tunique tricolore, souvenez-vous que vous l'aurez lu ici en premier.

Aurélien RENAULT

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