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Suite aux actes d'incivilité répétés depuis le début de la saison

Arbitrage : la Ligue de Normandie déclare la guerre aux agressions

Résumé

Alors que le nombre d'agressions physiques dont sont victimes les arbitres régionaux ne cesse d'augmenter, la Ligue de Normandie, souvent pointée du doigt par les directeurs de jeu pour son manque de soutien, réfléchit à plusieurs mesures pour éradiquer cette vague de violence. La plus radicale d'entre elles conduit à la radiation des équipes fautives.

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Depuis le début de la saison, 32 arbitres ont été agressés physiquement au sein de la Ligue de Normandie. Sur les 184 actes d'incivilité recensés, 62,5% concernent des faits de violences. ©Photo d'illustration
Depuis le début de la saison, 32 arbitres ont été agressés physiquement au sein de la Ligue de Normandie. Sur les 184 actes d'incivilité recensés, 62,5% concernent des faits de violences. ©Photo d'illustration
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32. Comme le nombre d'agressions physiques dont a été victime le corps arbitral en Normandie depuis le début de la saison, de l'empoignade aux coups. La dernière en date remonte juste avant la suspension des championnats (liée à l'épidémie de Coronavirus frappant notre pays) sur le derby entre le FC Rouen et Oissel en U18 R1 (le 7 mars). Alors que la rencontre est terminée, un spectateur pénètre sur la pelouse pour asséner un coup de poing à « l'homme en noir ». Une semaine auparavant, les finales régionales de futsal, qui se tenaient à Hérouville-Saint-Clair, n'avaient pu aller à leur terme à cause d'une bagarre générale impliquant notamment du public ! Plus globalement, sur les 4 400 matches organisés jusqu'à présent durant cet exercice 2019-2020, 184 actes d'incivilité ont été recensés dont 62,5% concernent des faits de violences (pas seulement sur les directeurs de jeu). Un chiffre en très forte augmentation (54% en 2018-2019).

"C'est inadmissible", ne décolère pas Jean-Michel Kociszewski, président délégué de la Ligue de Normandie (LFN), en charge de ce dossier. "On ne peut plus tolérer ces agressions qui sont de plus en plus fréquentes", embraye le président Pierre Leresteux. "Aujourd'hui, il y a des endroits où les clubs ne veulent plus jouer, où des arbitres ne veulent plus aller". "Des jeunes m'ont confié qu'ils avaient la boule au ventre le dimanche matin avant d'arbitrer", ajoute Jean-Michel Kociszewski. Une violence qui touche l'ensemble de la France du foot, reflet, pour le président-délégué de la LFN, de ce qui se passe dans notre société. "On est face à une population qui a perdu ses repères en matière de respect du policier, du professeur, de l'adulte… Et c'est pareil pour les arbitres le week-end. Bien sûr, le problème, ce sont les joueurs mais aussi leur entourage".

Une dizaine de clubs dans l'œil du cyclone de la LFN

Confronté à une situation que certains acteurs du monde du ballon rond n'hésitent pas à qualifier de "poudrière", le corps arbitral a régulièrement exprimé son ras-le-bol. En décembre, un appel à la grève a même été lancé (la journée de championnat avait finalement été reportée, la faute aux conditions climatiques). Alors que l'Unaf (Union nationale des arbitres de football) lui a souvent reproché son inaction, la Ligue de Normandie a décidé de passer la vitesse supérieure. "On est solidaires de nos arbitres", affirme Pierre Leresteux. Dans l'œil du cyclone des instances régionales, une dizaine de clubs "à risques", pour reprendre les propos de Jean-Michel Kociszewski.

"radier l'équipe senior ? Je crois qu'on sera obligés d'en passer par là car certains ont la tête dure"

"On va les réunir prochainement à Lisieux (au siège de la LFN). Et avec Pierre, on leur remettra les points sur les i. Les clubs recevant sont garants de la sécurité des officiels, de l'équipe visiteuse, du bon déroulement du match… On va leur rappeler les responsabilités et les peines qu'ils encourent. S'il le faut, on ira jusqu'à radier leur équipe senior. Je crois qu'on sera obligés d'en passer par là car certains ont la tête dure", prévient celui qui dirige également l'association du HAC. "On garderait, par contre, l'école de foot". Un cas de figure qui s'est déjà produit il y a quelques années avec Mont-Gaillard (un club havrais).

"On avait un problème grave. Et aujourd'hui, tout se déroule bien. A l'époque, on avait fait un pacte avec la mairie et Sébastien Tasserie (l'adjoint aux sports). Les dirigeants devaient démontrer à quoi leur servait l'argent provenant des subventions des collectivités", explique le président-délégué de la LFN. D'ailleurs, de nouveaux entretiens avec les élus locaux dont les clubs sont dans le viseur de la commission de discipline se trouvent au programme de la Ligue. "On a rencontré dernièrement Edouard Philippe (le Premier ministre, candidat à la mairie du Havre). Que ce soit le Premier ministre ou la Ministre des sports (Roxana Maracineanu), on a leur soutien. Avec les préfectures, on aura les aides nécessaires pour éradiquer ces actes de violence", lance Pierre Leresteux.

Des caméras sur les matches "à risques"

Si la radiation de certaines équipes n'est donc pas à exclure, la Ligue de Normandie envisage, dans le même temps, plusieurs pistes pour lutter contre ces agressions. Des mesures qui sont censées rentrer en vigueur à partir de la saison prochaine :

> L'installation de caméras automatiques sur tous les matches de Régional 1 (pour la catégorie senior) ainsi que pour les affiches "à risques". Une demande similaire a été formulée auprès de la Fédération pour les rencontres de N3 (les droits de ce championnat lui appartenant). Un dispositif qui dans les années futures pourrait être étendu aux divisions inférieures. "On avait aussi pensé à mettre une caméra sur la poitrine de chaque arbitre. Cette expérience a déjà été réalisée dans le district de la Loire. Les chiffres montrent une diminution de 30 à 40% du nombre d'incivilités", souligne Jean-Michel Kociszewski. "Pour le moment, ce n'est pas conforme au règlement de la FIFA. Mais on ne s'interdit pas de l'appliquer quand la législation évoluera".

> La mise en place d'une cellule de soutien. "Quand il est victime d'une agression, l'arbitre est traumatisé", pointe Jean-Michel Kociszewski. "Dès le lundi matin, les arbitres pourront contacter cette cellule qui les accompagnera dans leurs démarches règlementaires, judiciaires, psychologiques…".

> La nomination d'un Monsieur sécurité dans chaque club. "Une fonction qui existait déjà dans le passé", rappelle Jean-Michel Kociszewski bien conscient que "trouver un bénévole supplémentaire ne sera pas évident".

La possibilité d'un classement du fair-play (établi en fonction du nombre de cartons reçus) avec des retraits de points pour les équipes les plus sanctionnées, comme cela était en vigueur à une époque au sein de l'ex-Ligue de Basse-Normandie, ne semble, par contre, pas avoir été retenue par la LFN réunifiée. "Les retours sont divergents. Chaque week-end, entre 300 et 350 matches ont lieu sur notre territoire. On ne peut pas pénaliser tout le monde à cause d'une dizaine de clubs qui posent problème", justifie le responsable de l'association du HAC qui ne serait pas opposé à faire diriger des matches U18 par des adultes plutôt que par des jeunes du même âge. Autant de mesures qui doivent permettre aux « hommes en noir » d'assurer leur fonction en toute sécurité. Car, faut-il le rappeler, sans arbitre, pas de football.

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Comme le nombre d'arbitres qui officient au sein de la Ligue de Normandie pour cet exercice 2019-2020. "On en a perdu une centaine par rapport à la saison dernière", indique Kerstie Abergel, directrice générale de la LFN. "Trouver des arbitres, c'est compliqué. C'est un problème qui touche tout le monde, la Fédération et toutes les ligues sportives".

Seule note positive, l'augmentation très significative des arbitres féminins, 57 aujourd'hui contre sept il y a trois ans. "Désormais, on est vigilants sur la fidélisation. C'est pourquoi, on a mis en place les Etraf (Equipe technique régionale de l'arbitrage féminin) avec notamment un référent pour chaque arbitre. L'idée, c'est d'être au plus proche d'elles, de les suivre chaque week-end", développe Kerstie Abergel.

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