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La situation du football féminin normand

Paré pour le décollage

Résumé

En développement croissant depuis plusieurs saisons, le football féminin français ambitionne de franchir un cap avec l'organisation de la Coupe du Monde (7 juin - 7 juillet). A sept mois de ce Mondial dont sept matches se dérouleront au Havre, la Ligue de Normandie s'inscrit pleinement dans cette tendance. Etats des lieux avec Mylène Pannier, conseillère technique régionale.

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En 2019, la Ligue de Normandie s'est fixé l'objectif d'atteindre la barre des 10 000 licenciées (comprenant les joueuses mais aussi les dirigeantes, les éducatrices et les arbitres).
En 2019, la Ligue de Normandie s'est fixé l'objectif d'atteindre la barre des 10 000 licenciées (comprenant les joueuses mais aussi les dirigeantes, les éducatrices et les arbitres).
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Un effet Coupe du Monde

Avant les Bleues, les Bleus. Alors que la Fédération française compte énormément sur l'organisation de la Coupe du Monde dans notre pays pour laisser un héritage au football féminin, le sacre de la bande à Kylian Mbappé, Antoine Griezmann et Paul Pogba cet été en Russie a déjà eu un fort impact sur l'augmentation du nombre de licenciées : + 15% (soit 170 000 dont 130 000 joueuses). La deuxième vague est attendue dans un an. "On ne peut que souhaiter que l'équipe de France de Corinne Diacre réalise un bon parcours à domicile", lance Mylène Pannier. "Pour la première fois, la compétition sera diffusée sur une chaîne grand public(1). Une grande majorité des téléspectateurs vont découvrir cette pratique". De quoi espérer qu'un afflux de jeunes filles tape à la porte des clubs à la rentrée 2019.

10 000

Comme l'objectif de licenciées (comprenant les joueuses mais aussi les dirigeantes, les éducatrices et les arbitres) que s'est fixé la Ligue de football de Normandie pour la fin de l'année 2019. Une ambition largement légitime puisque la saison dernière (en 2017-2018), on en dénombrait 8 528 dont 6 656 pratiquantes. "On devrait largement dépasser ce total puisqu'on compte déjà 6 436 joueuses à la mi-octobre sachant que toutes les licences sont loin d'avoir été validées", assure la CTR Mylène Pannier. "Quand j'ai débuté comme cadre technique à la Ligue de Basse-Normandie en 2005, on avait débuté avec 850 licenciées". Quel chemin parcouru !

Les clubs nationaux soumis à des obligations…

Depuis cette saison (2018-2019), les clubs - du Régional 3 au National 1 - sont assujettis à des obligations plus ou moins importantes en fonction de leur niveau. Dans le cadre de la licence club, les Nationaux, ceux évoluant en N3-N2-N1, doivent obtenir le label jeunes : niveau excellence pour les N3, élite pour les N2-N1(2) ; ce qui implique de présenter respectivement deux et trois équipes féminines (en U7-U9 et U11-U13 en N3 + une en U16-U18 en N2-N1). "S'ils ne les ont pas, les clubs ne toucheront pas la subvention fédérale", prévient Mylène Pannier. Loin d'être négligeable.

Et les clubs professionnels qui dépendent, eux, de la LFP ? Paradoxalement, ils en sont exemptés. Toutefois, aujourd'hui, ceux qui ne disposent pas d'une section spécifique se comptent sur les doigts d'une seule main (en Ligue 1 : seuls Angers, Nîmes, Rennes n'en ont pas. Le Stade Malherbe a annoncé la création d'une section spécifique à partir de septembre 2019).

… Les Régionaux aussi

Au sein de la Ligue de Normandie, le cahier des charges est beaucoup moins relevé. Les clubs fréquentant les divisions R1-R2-R3 doivent disposer d'une équipe féminine, peu importe la catégorie, des U9 aux seniors. Là-aussi, un éventail de sanctions est prévu en cas d'infraction allant de l'interdiction d'accéder au niveau supérieur jusqu'au retrait de points (trois en l'occurrence). "Mais notre idée n'est vraiment pas d'en arriver à cette extrémité", rassure Mylène Pannier. C'est pourquoi une politique d'accompagnement a été mise en place avec la visite d'un cadre technique dans chaque structure pour dresser un état des lieux.

"La condition préalable à la création d'une équipe féminine, c'est d'identifier un référent pour s'en occuper. Et surtout pas l'inverse, attendre d'avoir des joueuses pour chercher quelqu'un. Même si la personne n'est pas formée, la Ligue s'engage à le faire. L'important, c'est d'être convaincu et investi", souligne la CTR. "Derrière, on les oriente vers des jeunes. C'est plus facile de commencer par la base. En plus, il existe des formes de pratique spécifiques dès le plus jeune âge avec des effectifs réduits : cinq contre cinq en U9, six contre six chez les U11. Dès que les clubs ont trois-quatre filles, on les incite à venir sur les plateaux (une quinzaine de dates programmées dans la saison). On trouve des solutions pour compléter les équipes. Il ne faut surtout pas attendre".

"Les statistiques montrent que seules deux filles sur dix s'y épanouissent. Ce sont souvent les bonnes joueuses".

Privilégiée pendant de nombreuses années pour accueillir le public féminin faute d'autre solution, la pratique en mixité (jusqu'à la catégorie U15) n'est plus soutenue par les instances régionales et nationales.

Le succès du Mondial des P'tiotes Normandes

Pour les aider dans cette quête de créer des équipes féminines, des outils sont mis à disposition des clubs à l'image du Mondial des P'tiotes Normandes, destinée aux jeunes filles âgées entre 6 et 8 ans. Outre un plan de communication avec des affiches, des flyers, un enrouleur, trois actions sont proposées, "que chacun peut réaliser, quel que soit son contexte démographique, urbain ou rural", précise Mylène Pannier :

> une journée découverte sur les écoles de sa commune ou de son secteur qui peut comprendre une initiation au football féminin sur le temps périscolaire

une journée parrainage, chaque U9 garçon invitant une de ses amies

une journée dans les centres de loisirs

Toutes les équipes qui auront participé à cette opération (une centaine à ce jour dont les deux tiers de création) seront invitées pour le match d'ouverture de la Coupe du Monde féminine au Stade Océane du Havre, le 8 juin. "Toutes les joueuses apprendront une chorégraphie qu'elles présenteront sur la pelouse ou sur le parvis du stade. Et derrière, elles assisteront à la rencontre", annonce Mylène Pannier.

Même s'il existe encore quelques réfractaires, ceux-ci sont de moins en moins nombreux. "Dans certains clubs peu habitués à accueillir le public féminin, il faut que l'idée fasse son petit bout de chemin. Ça ne se fait pas du jour au lendemain", reconnaît l'ancienne gardienne du Mans. "Dans l'Orne, j'ai dû convaincre les responsables du District. Ils me disaient : « Ce qui est possible ailleurs ne l'est pas chez nous. Notre département est trop petit. Nos clubs ne vont pas adhérer à cette politique. C'est trop contraignant »". Pourtant, quelques mois plus tard, les résultats sont là. A ce jour, un seul club ornais de niveau régional se trouve en infraction. "On a un potentiel de 14 équipes dans la catégorie U9. Ça a créé une saine émulation". Aujourd'hui, pour accueillir des féminines, les clubs n'ont plus aucune excuse.

(1)TF1 retransmettra les 25 meilleures affiches du Mondial dont tous les matches des Bleues alors que le groupe Canal + diffusera l'intégralité du Mondial.

(2)Le label jeunes dispose de trois catégories : espoir, excellence et élite.

Le HAC comme locomotive

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Depuis cette saison, les féminines du Havre évoluent en D2. ©HAC

Alors que le FC Rouen a pendant pratiquement 15 ans été l'étendard du football féminin normand, Le Havre a pris le relais cette saison en accédant pour la première fois de son histoire en D2. Dans le même temps, le FCR a été rétrogradé en Régional 1. "C'est primordial d'avoir une locomotive", souligne Mylène Pannier. D'ailleurs, la LFN aimerait bien compter dans un avenir proche sur une deuxième équipe dans cette division.

"Mais même pour évoluer en D2, il faudra avoir les reins extrêmement solides", met en garde la CTR. "Le niveau augmente tellement vite qu'à terme, seuls les club pros (sous-entendu masculins) disposeront des moyens pour exister en D1 ou en D2 (cette saison, sur les 12 équipes qui composent la D1 féminine, neuf sont des sections appartenant à des clubs professionnels. Seuls Fleury, Rodez et Soyaux font exception)".

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