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L'ex-sélectionneur de l'équipe de France est décédé, ce jeudi, à l'âge de 87 ans

Pour Michel Hidalgo, tout avait commencé en Normandie

Résumé

Finaliste de la Coupe d'Europe avec Reims en 1956, vainqueur de l'Euro 1984 à la tête de l'équipe de France, emblématique sélectionneur des Bleus de Michel Platini dans les années 1980..., Michel Hidalgo nous a quittés à l'âge de 87 ans. Une brillante carrière de joueur et d'entraîneur qu'il avait lancée à l'US Normande avant d'effectuer ses premiers pas dans le milieu professionnel au HAC.

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Très attaché à la Normandie, Michel Hidalgo (ici, aux côtés de Pierre Leresteux) ne manquait pas une occasion de revenir dans la région à l'image de cette finale de la Coupe de Basse-Normandie en 2014, à Vire.
Très attaché à la Normandie, Michel Hidalgo (ici, aux côtés de Pierre Leresteux) ne manquait pas une occasion de revenir dans la région à l'image de cette finale de la Coupe de Basse-Normandie en 2014, à Vire.
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La France du football est en deuil. Sélectionneur des Bleus entre 1976 et 1984, Michel Hidalgo est décédé, ce jeudi, « naturellement d'épuisement », selon des propos rapportés par sa famille à France Info. Ces dernières années, la maladie l'avait profondément affaibli. La qualification pour la Coupe du Monde 1978 (la première pour les Tricolores depuis 12 ans), la mythique demi-finale de Séville en 1982*, et bien sûr le sacre continental à domicile lors de l'Euro 84, ce technicien est à tout jamais associé aux succès de la bande à Platoche au début des années 1980. "Il restera comme le premier à avoir remporté un trophée avec l'équipe de France", rappelle Pierre Leresteux à propos de cet apôtre du beau jeu à la tête d'une génération dorée (outre Michel Platini, Jean Tigana, Alain Giresse, Marius Trésor pour ne citer qu'eux).

"Michel a signé 500 autographes pour des jeunes. S'il y en avait eu plus, il en aurait signé davantage"

"J'ai perdu un ami. La nouvelle de sa mort m'a foutu en l'air", ne cache pas le président de la Ligue de Normandie (LFN) qui le connaissait depuis pratiquement 30 ans. "C'était un grand Monsieur, un homme sincère, humble, simple. Il était très disponible. Dès qu'on le sollicitait pour une remise ou une inauguration, il répondait toujours positivement. C'est lui qui m'a remis ma médaille d'or de la jeunesse et des sports. Une fois, pour une cérémonie, il a signé 500 autographes pour des jeunes. S'il y en avait eu plus, il en aurait signé davantage", se souvient-il. "Il était très attaché à sa région".

Bien que natif du Nord, ce fils d'immigré espagnol a passé toute sa jeunesse sur Le Plateau ; ce quartier à cheval sur trois communes à l'est de Caen (Giberville, Colombelles et Mondeville) où son père travaillait à la SMN (Société métallurgique de Normandie). S'ils partagent des racines communes, Michel Hidalgo et Pierre Leresteux se sont liés d'amitié à l'occasion du Mondial 1982 en Espagne. "Avec Gilbert Guérin (l'actuel président d'Avranches) et Stéphane Osmond (ex-gardien de Laval, originaire de Canisy dans la Manche), on était partis assister à la compétition. Le hasard a fait qu'on ne logeait pas loin de l'hôtel de l'équipe de France (à Tordesillas, à proximité de Valladolid)", raconte le patron de la LFN. "On lui avait fait passer le message que j'étais un ancien de l'US Normande".

"Michel m'avait parlé de Zidane avant tout le monde"

Successivement joueur, sélectionneur puis DTN, Michel Hidalgo a toujours gardé un œil de spécialiste sur le monde du ballon rond. En témoigne cette anecdote de Pierre Leresteux : "On était partis au Monténégro ensemble. Lors d'une conférence qu'il avait donnée là-bas, il nous avait prédit que l'équipe de France aurait de nouveau une grande équipe après (Michel) Platini avec (Zinédine) Zidane. A l'époque (au début des années 1990), Zidane n'était pas encore le grand joueur que l'on a tous connu après. ll évoluait encore à Cannes", raconte le président de la Ligue de Normandie.

L'USN, ce club basé à Mondeville où Michel Hidalgo a quasiment réalisé toutes ses classes (il avait tapé dans ses premiers ballons dans l'équipe du patronage paroissial) en compagnie de son grand ami, Bernard Demko. C'est d'ailleurs sous ce maillot que l'ex-boss des Bleus fut repéré par le HAC au début des années 1950. "Lors d'une finale de Coupe de Normandie juniors entre l'USN et Le Havre, on avait gagné 6-3 et j'avais inscrit cinq buts et mon jumeau (Serge) le sixième. Quelques jours plus tard, le frère de Monsieur Perrigault, le président du HAC de l'époque, était venu à la maison pour me recruter. Mon père lui avait dit : « Vous prenez les deux ou rien (référence à son frère et à lui) »", expliquait le principal intéressé à l'occasion des 140 ans du club doyen en juillet 2012.

"Je dois presque tout au hac. C'est un choix que je ne regrette pas. Ce fut pour moi l'apprentissage idéal"

Pendant deux saisons sous les couleurs « Ciel et Marine » (1952-1954), Michel Hidalgo, alors âgé de 19 ans, effectue ses premiers pas dans le milieu professionnel. "Deux autres clubs m'avaient sollicité dont Saint-Etienne mais comme j'habitais à côté de Caen, Le Havre était plus accessible pour mes parents. Mais c'est un choix que je ne regrette absolument pas. Je dois presque tout au HAC. Ce fut pour moi l'apprentissage idéal avec des anciens qui m'ont parfaitement entouré comme (Alejandro) Lombardini, un ailier gauche argentin, (Eduardo) Di Loreto, un autre grand joueur argentin, ou Jean Saunier. C'est celui qui m'a le plus frappé. Il était centre-avant, il marquait des buts, il était vif, technique. Il faisait peur à toutes les équipes".

Derrière, cet ailier de poche (1,68 m) prend la direction du Stade de Reims (1954-1957) avant de s'envoler pour Monaco (1957-1966). "On l'oublie un peu, mais avait d'être le sélectionneur de la France, Michel a réalisé une grande carrière de joueur", souligne Pierre Leresteux. "Il fut finaliste de la Coupe d'Europe (des clubs champions, en 1956) avec le Reims de (Raymond) Kopa contre le Real Madrid de (Alfredo) Di Stefano au Parc des Princes (victoire 4-3 des Merengues). Il avait marqué le troisième but. Il a aussi remporté le championnat (en 1960 et 1963) et la Coupe de France (en 1961 et 1963) avec Monaco". "Quand on était à l'US Normande, on suivait sa carrière. On était fiers de son parcours. Pour nous, il incarnait l'image du jeune normand qui avait réussi", confie le président de la LFN. Avant de devenir, quelques années plus tard, l'un des symboles de la France qui gagne.

*Alors qu'elle menait 3-1 durant la prolongation, l'équipe de France avait finalement été éliminée en demi-finale du Mondial espagnol par la République Fédérale d'Allemagne (3-3, 5-4 tab).

Egalement parrain de l'US Avranches

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A l'occasion du jubilé de Jean-François Domergue en 1993, l'un de ses anciens joueurs avec lequel il avait décroché l'Euro 1984, Michel Hidalgo avait foulé la pelouse de René-Fenouillère. ©US Avranches

Outre l'USN et le HAC, Michel Hidalgo entretenait une relation particulière avec un troisième club normand : l'US Avranches. "Quand je suis devenu président (en 1989), il avait accepté de devenir notre parrain. C'était quelqu'un de profondément honnête", témoigne Gilbert Guérin. Comme pour Pierre Leresteux, les deux hommes s'étaient rencontrés en marge de la Coupe du Monde 1982 en Espagne. "On avait vécu dix jours extraordinaires. On jouait au tennis et à la pétanque avec les joueurs de l'équipe de France", se remémore le dirigeant manchois, pas peu fier d'avoir accueilli l'ex-sélectionneur des Bleus à Fenouillère en 1993.

"Pour le jubilé de Jean-François Domergue (qui avait terminé son immense carrière à Caen), de nombreux champions d'Europe 84 étaient présents dont Michel Platini, Alain Giresse, Jean Tigana... Il y avait aussi Johnny Rep, Serge Blanco et Yannick Noah. On avait réuni 12 000 spectateurs. On avait mis des tribunes partout autour de la piste. C'est un souvenir extraordinaire". Un souvenir qu'il n'est pas près d'oublier.

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