Les trois mois que vient de traverser Morgane Hauvet lui auront appris une chose : la vie ne tient qu'à un fil. Capitaine des féminines du Stade Malherbe, la défenseure a été victime d'une embolie pulmonaire, soit une infection des poumons. Un syndrome qui doit être traité en urgence. Le 2 septembre, au surlendemain d'un match de préparation estivale contre le FC Rouen, la jeune femme a senti que quelque chose ne fonctionnait pas normalement. Sur son lieu de travail, la salariée de l'association du SMC a ressenti une douleur. "C'était une période où on floquait beaucoup de maillots. J'avais une douleur intercostale, ça me tirait sur le côté", rembobine-t-elle. "Le soir, j'avais séance avec mes U11 féminines. Quand je donnais les consignes, j'étais essoufflée. En rentrant chez moi, je suis me coucher mais la douleur s'est amplifiée. Je me suis dit que ça allait passer. J'ai attendu le lendemain pour appeler ma mère. Elle m'a incendié : « T'es complètement folle ! »".
Ce fameux lendemain, Morgane Hauvet était censée participer au media day du SMC. En arrivant au stade pour le shooting photo, le moindre mouvement est devenu insupportable. Son coach, Tristan Blanchard, ne lui a pas laissé le choix. Direction les urgences. Après trois heures d'attente à la clinique de la Miséricorde, la Manchoise a passé une radio, sans résultat, puis une prise de sang. Le verdict du médecin a été dur à avaler. "Il m'a dit : « A partir de maintenant, vous ne bougez plus, vous restez alitée ». J'aurais pu y passer. Ça m'a mis un coup", témoigne-t-elle. Transférée au CHU de Caen, « Momo », comme elle est surnommée par ses coéquipières, a été hospitalisée pendant quatre jours. Seule la morphine la soulageait. Rentrée chez sa maman à Granville pour se reposer, la capitaine des « Rouge et Bleu » a effectué un nouveau séjour à l'hôpital. "La douleur était intenable. Ils ont découvert que j'avais deux caillots de sang à gauche et à droite. Ils m'ont mise sous perfusion".
"Je ne cochais aucune case ! Dans ma chambre d'hôpital, il y avait une mamie de 80 ans à mes côtés"
De base, l’embolie pulmonaire est héréditaire ou touche plutôt les personnes âgées et femmes enceintes. "Je ne cochais aucune case ! Je suis jeune, je ne fume pas, je ne suis pas en surpoids", s'exclame la défenseure caennaise. "Dans ma chambre d'hôpital, il y avait une mamie de 80 ans à mes côtés. Elle se demandait ce que je faisais là". L'origine a vite été décélée. Morgane Hauvet souffrait d'une embolie pulmonaire à cause de sa pilule ; un moyen de contraception qu'elle utilisait pourtant depuis quatre ans. "Les médecins m'ont expliqué qu'il y avait 0,02 % des femmes qui étaient touchées". Interdite de prendre la pilule jusqu'à la fin de sa vie, Morgane Hauvet a alors changé de moyen de contraception. Sous anti-coagulants jusqu'au 10 décembre, à raison de deux médicaments par jour, elle a été placée au repos forcé pendant deux semaines. Elle a ensuite repris son travail et une activité physique, sous vigilance renforcée. "La préparatrice physique m'a fait un programme adapté. J'ai repris en marchant. Mais même quand je marchais autour du terrain, j'étais essoufflée". Quand on sait qu'avec une VMA de 15,5km/heure, la Manchoise fait partie du Top 5 des joueuses du SMC les plus endurantes, cela a de quoi inquiéter. "J'étais surtout frustrée. Je me suis demandée si j'allais récupérer mon cardio. J'ai refait une prépa individuelle, c'était long". Il lui a fallu un mois pour récupérer totalement son souffle et courir sans douleurs.
Trois mois au repos forcé
Bien qu'elle ne pouvait pas participer aux séances avec le groupe de Tristan Blanchard, "le moindre contact aurait pu être fatal", Morgane Hauvet n'a jamais été bien loin du Stade Malherbe. Elle a la sensation de ne jamais avoir quitté ses coéquipières. Jour de match, le dimanche, elle s'occupait des ramasseuses de balle. La Granvillaise ne ratait pas une miette de l'échauffement ou de la causerie dans le vestiaire. "Les filles de l'équipe ont toujours été là pour moi. Le foot a une place importante dans ma vie, c'est ce qui m'a permis de tenir". Grâce au feu vert du corps médical, la défenseure centrale a repris la compétition le 14 décembre avec la réserve en inter-district, face à Falaise. Sans aucune appréhension, elle n'a pas tergiversé, signant même un retour brillant. Avec 90 minutes dans les jambes, elle s'est offert, en prime, un but de son mauvais pied. "Mon pied gauche ne me quitte pas !", plaisante la jeune femme (22 ans). "Reprendre le goût de marquer et toucher beaucoup de ballons m'ont vraiment permis de reprendre confiance en moi".
"Ça m'avait manqué de revivre ce genre d'émotions. Cette sensation d'aller sur le terrain avec la boule au ventre"
Le week-end suivant, Morgane Hauvet a retrouvé le groupe D3 face à QRM, dans un derby normand toujours accroché. Ses 15 minutes de jeu ont été remarquées. Elle a ensuite enchaîné face à La Roche-sur-Yon, début janvier, en 8e de finale de la Coupe de France (2-2, 3-2 tab). Monstrueuse dans l'impact physique lors de sa rentrée à l'heure de jeu, la Manchoise a pris ses responsabilités durant la séance de tirs aux buts. "Ça m'avait manqué de revivre ce genre d'émotions. Cette sensation d'aller sur le terrain avec la boule au ventre, où il faut tout donner, c'est pour ça qu'on joue au foot. Aujourd'hui, c'est une chance de pouvoir rejouer". Pour l'heure, elle n'a disputé que des bouts de match, à l'image de sa demi-heure de jeu contre Orvault, ce dimanche, en championnat (J13. 1-1, le 18 janvier).
Mais elle prétend à bien plus. "Je mets tout en œuvre pour retrouver ma place de titulaire rapidement", ambitionne-t-elle. Elle peut être rassurée. Dans les rangs « Rouge et Bleu », son statut n'a pas changé. "Morgane est là pour le bien-être du groupe. C'est une arme de plus pour nous", confirme Tristan Blanchard, l'entraîneur. Si sa maman reste encore un peu stressée derrière la main courante, Morgane Hauvet croque désormais la vie à pleines dents. Hormis un contrôle médical au mois de mars, cette expérience est derrière elle. Elle est revenue plus forte. "Ce genre d'événement forge le mental. J'ai encore plus envie de me déchirer sur le terrain. Dans ces moments, tu te rends compte des personnes importantes autour de toi". Sans aucun doute, ses proches sont fiers de ce qu'elle a surmonté.
> Coupe de France Féminine. 8e de finale - Châtenoy-le-Royal (D3) / SM Caen (D3), dimanche 25 janvier à 14 H 30 au Stade du Treffort.
Léa QUINIO






