A force de changer d’entraîneur tous les cinq mois, il faudra bien qu’à un moment, la famille Mbappé, propriétaire du Stade Malherbe, se pose la question de savoir si ce sont ces fameux coachs le problème ou plutôt ceux qui les choisissent ? Dans l’océan d’incertitudes dans lequel navigue le club normand, une seule chose est sûre, installer un technicien sur la durée ne fait visiblement pas partie des priorités des décideurs actuels. Peu importe l’image d’instabilité que cela renvoie. Pourtant, il y a un an, à l’heure de la présentation de Bruno Baltazar, le discours officiel prônait l’inverse. Un autre temps… En l’espace d’une saison et demie, l’Etat-major du SMC en est déjà à son cinquième entraîneur ! Même le FC Nantes de Waldemar Kita, une référence en la matière, n’en consomme pas autant. Et au regard de la variété des profils qui s’enchaînent sur le banc caennais, difficile de déceler un fil conducteur. On a eu le droit à un coach étranger novice en France, à un pompier de service, à un spécialiste du National et désormais à un ancien international français qui va connaître son baptême du feu en tant que n°1…
Dans le Stade Malherbe version Mbappé, on veut des résultats, tout de suite, maintenant, immédiatement… Et quand le classement de l’équipe ne correspond pas à la hauteur des ambitions fixées ; ce qui ne s’est jamais produit depuis son rachat par le capitaine des Bleus, on n’hésite pas à trancher dans le vif. Pour le technicien en poste, peu importe le passif du club, le soutien (ou dans certains cas, l’absence de) dont il bénéficie en interne, la qualité de l’effectif à disposition… Maxime d’Ornano vient d’en faire les frais comme Nicolas Seube un an auparavant, jour pour jour. D’ailleurs, il est curieux de constater les similitudes entre leur départ respectif. Même si le dernier licenciement en date est nettement plus facile à faire avaler à l’opinion publique que celui de son confrère il y a 12 mois ; la côte de popularité de l’ex-coach du FC Rouen auprès des supporters « Rouge et Bleu » n’étant pas exactement identique à celle de « Seube, ce héros ».
Il est curieux de constater les similitudes entre les renvois de Nicolas Seube et Maxime d'Ornano
Au-delà du timing et de la méthode (une convocation la veille ou le jour de la reprise suivant la trêve hivernale), qui ne paraît pas le plus idéal vu de l’extérieur, Nicolas Seube et Maxime d’Ornano ont été démis de leurs fonctions quelques semaines après avoir été confortés publiquement dans leurs prérogatives par leur direction, même si on est parfaitement conscient qu’en matière de football, encore plus que dans tout autre domaine, les promesses n’engagent que ceux qui les tiennent. Quant à la mi-novembre, des bruits de plus en plus insistants nous sont revenus aux oreilles concernant des menaces autour de l’avenir de l’ancien Rouennais, nous avions été gentiment renvoyés dans nos 22. Comment osions-nous suggérer que le board s’interroge déjà sur un coach qu’il a recruté l’été précédent ? Un peu plus d’un mois plus tard, cette confiance envers le technicien en place, en tout cas en apparence, a volé en éclats. Mais comme on nous l’a rappelé en conférence de presse, lundi soir, dans le monde merveilleux du ballon rond, la vérité d’un jour n’est jamais celle du lendemain.
L’effectif en place vaut-il mieux que cette 10e place ?
Alors, bien entendu, il ne s’agit pas d’accorder un blanc-seing aux différents entraîneurs qui se succèdent à la tête des « Rouge et Bleu ». Ils ont tous une part de responsabilité (plus ou moins grande) dans les piètres performances du Stade Malherbe, mais on peut affirmer, sans trop risquer de se tromper, qu’il y a des contextes plus propices que d’autres à l’épanouissement d’un coach. A commencer par accéder à ses souhaits durant le mercato… Pourtant, à écouter la direction, et si on en revient strictement à cet exercice 2025-2026, la qualité du recrutement n’est pas à remettre en cause. L’Etat-major du SMC en est persuadé : l’effectif composé l’été dernier vaut mieux que ce 10e rang qu’il occupe actuellement en National. Il est possible de faire pratiquer un football plus séduisant à Yann M’Vila et à ses coéquipiers, et donc, par effet domino, d’obtenir des résultats plus en adéquation avec le standing du club normand. C’est une question de point de vue. On ne demande qu’à en être convaincu.
La comparaison entre Gaël Clichy et son prédécesseur pourrait être rapidement pipée si trois-quatre renforts débarquent
"Donner du plaisir aux supporters". Voici le leitmotiv du board caennais. L’intention est louable mais elle s’est heurtée, pour le moment, au mur de la réalité des matchs. On verra bien dans les prochaines semaines si Gaël Clichy parvient à tirer plus de ce groupe que son prédécesseur, sur tous les plans : technique, tactique, physique… Le manque de séances, et d’intensité à l’intérieur de celles-ci, étant des reproches souvent formulés à l’encontre de Maxime d’Ornano (comme à Nicolas Seube, un an plus tôt, d’ailleurs). Pourtant, les dirigeants ont conservé le reste du staff, dont le préparateur athlétique, Thomas Legrand. Preuve qu’à leurs yeux, le travail effectué auparavant n’est pas la seule source des maux des « Rouge et Bleu ». Peut-être qu’il faut plutôt s’interroger sur le niveau physique des joueurs et leur capacité à se faire mal, en tout cas pour certains d’entre eux. Toutefois, la comparaison entre les deux techniciens pourrait être rapidement pipée si trois-quatre « renforts » débarquent d’ici le 31 janvier, comme cela circule sur les hauteurs de Venoix.
Gaël Clichy justement. N’ayant comme unique véritable expérience au sein d’un staff que ce rôle d’adjoint avec les Bleuets (2023-2025), même s’il disposait d’un statut hybride à la fin de sa carrière de joueur, au Servette de Genève, l’ancien latéral gauche d’Arsenal et de Manchester City s’apprête à étrenner ce costume de n°1. Après tout, il faut bien se jeter un jour dans le grand bain. Attention, toutefois, à ne pas se noyer, surtout dans cette mer caennaise particulièrement agitée. L’Etat-major normand, lui, espère qu’il ne boira pas encore la tasse. Car ce choix, compte tenu de l’inexpérience de l’heureux élu, comporte, une nouvelle fois, une part de risque qui leur sera inévitablement reprochée si la seconde partie de saison vire à la catastrophe. Mais il ne faut jamais insulter l’avenir, surtout dans le football. Et l’ex-défenseur aux 20 sélections avec les Bleus sera peut-être l’entraîneur qui permettra au SMC de retrouver la Ligue 2, et ce dès le mois de mai. C’est tout le mal que l’on souhaite aux amoureux des « Rouge et Bleu ». "Il n’y a que les résultats qui montrent que la décision est bonne ou pas", a pointé le président Ziad Hammoud. Rendez-vous donc en fin de saison pour dresser un bilan de cet énième changement de coach.






