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Après le départ de Stéphane Nado, le directeur du centre formation du Stade Malherbe

Et maintenant, le président Olivier Pickeu se penche sur la formation

Résumé

Après l'annonce du départ de Stéphane Nado par Benjamin Quarez, journaliste à goal.com, on vous propose de (re)découvrir la vision d'Olivier Pickeu concernant la formation :  relation entre le coach de l'équipe première et le directeur du centre, gestion du premier contrat « pro », cellule de scouting... S'il fournit régulièrement des jeunes joueurs au secteur professionnel comme en atteste l'éclosion récente de Kélian Nsona, le centre de formation caennais ne devrait pas échapper à des changements dans un contexte de restriction économique.

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Si la formation caennaise a été mise en avant depuis le début de la saison à l'image de la révélation Kélian Nsona, Olivier Pickeu devrait procéder à plusieurs changements. Premier d'entre eux : le départ deStéphane Nado.
Si la formation caennaise a été mise en avant depuis le début de la saison à l'image de la révélation Kélian Nsona, Olivier Pickeu devrait procéder à plusieurs changements. Premier d'entre eux : le départ deStéphane Nado.
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11 joueurs issus de la formation dans le groupe à Rodez

Stade Paul-Lignon, samedi 12 septembre, le Stade Malherbe défie Rodez avec pas moins de 11 éléments issus de son centre de formation sur la feuille de match. Un record. Entre le statut de titulaire de Kélian Nsona (18 ans, remplaçant pour la première fois contre Nancy) et les baptêmes du feu chez les « grands » de Loup Hervieu (20 ans), Johann Lepenant (18 ans le 22 octobre), Jason Ngouabi (17 ans) ou encore Sullivan Péan (21 ans), la relève « Rouge et Bleu » a été particulièrement mise à l'honneur en ce début de saison. Samedi soir encore, huit d'entre eux ont participé au succès du club normand aux dépens de son alter ego nancéien (2-1).

"Quand vous prenez un jeune, vous choisissez un profil. derrière, il faut l'imaginer avec les pros plus tard"

"S'il y a autant de jeunes chez les pros, c'est qu'il existe une cohérence dans le travail réalisé. Les résultats sont là", saluait Olivier Pickeu, début octobre, assurant vouloir "s'appuyer sur la formation". "C'est essentiel. D'ailleurs, c'est l'une des premières discussions que j'ai eues avec Pascal Dupraz. Comme on n'avait pas de renforts au départ (référence à l'encadrement de la masse salariale par la DNCG bloquant le mercato caennais), je lui ai dit : « Tes recrues, c'est de faire éclore les jeunes ». Je trouve ça très valorisant. Vous savez, je ne suis pas un consommateur d'entraîneurs. A Angers, j'en ai eu deux en 14 ans (Jean-Louis Garcia et Stéphane Moulin)".

Avant de préciser sa pensée : "C'est pourquoi il ne faut pas que le coach ait une vision à trois mois. Quand j'ai intégré (Rayan) Aït Nouri dans le groupe pro, il avait 16 ans et demi. Aujourd'hui, à 19 ans, il commence à avoir de la valeur. Quand vous prenez un jeune, vous choisissez un profil. Derrière, il faut l'imaginer chez les pros plus tard. Il faut se renseigner sur sa famille, son environnement, sa mentalité...". S'il reconnaissait avoir "une bonne lecture" de la réserve et des U19, le président caennais n'avait pas encore eu le temps, il y a un mois, d'approfondir sa réflexion sur les autres catégories. "C'est la phase que je vais entreprendre". Toutefois, celui qui fut à l'origine du centre de formation angevin en 2013 possède déjà une idée précise de la direction qu'il souhaite prendre dans ce dossier.

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Depuis 2018, le Stade Malherbe a fait signer 22 premiers contrats professionnels à des jeunes issus de son centre de formation ! Forcément, dans le lot, toutes ces opérations ne se sont pas révélées fructueuses à l'image du quatuor Younn Zahary (Pau, L2) - Brice Tutu (Beauvais, N2) - Herman Moussaki - Evens Joseph (tous les deux à Boulogne, N1). Tous les quatre prêtés cet été, aucun d'entre eux n'est parvenu, jusqu'à présent, à s'imposer avec le SMC. Reste à savoir si cette méthode est la seule permettant de sécuriser ses meilleurs espoirs ?

"Bien sûr que le directeur du centre pour protéger le club met la couverture (sous-entendu propose un maximum de contrats afin d'éviter le risque qu'un joueur à potentiel lui échappe). Derrière, il y a le positionnement du centre, le 7e de France (en 2020), il faut faire des contrats (pour conserver ce classement*)", pointe Olivier Pickeu qui n'entend pas distribuer des contrats « pros » comme des tic-tacs. "Je ne compte pas faire un mille-feuille de joueurs. Parce que quand on en a 30, il faut les payer", explique-t-il comme une évidence avant de rappeler le contexte caennais. "J'arrive, on perd de l'argent, on est en Ligue 2, on va faire du chirurgical. Il faut cibler. Quand j'étais à Angers, quand je faisais signer un joueur pro, c'était beaucoup. Je suis très dur".

*Pour déterminer le classement des centres de formation, la Direction technique nationale prend en compte cinq critères :

> le nombre de contrats professionnels signés par les joueurs formés au club

> le nombre de matches joués en équipe première par les joueurs formés au club

> le nombre de matches joués en sélection nationale par les joueurs formés au club

> le nombre de diplômes scolaires obtenus par les joueurs formés au club

les contrats et l'ancienneté des éducateurs

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A l'image d'Evens Joseph et de Brice Tutu, le Stade Malherbe, sous les présidences de Gilles Sergent et de Fabrice Clément, a adopté une politique massive de signatures de premiers contrats « pros » qui n'a pas toujours été couronnée de succès.

La formation touchée aussi par le plan d'économies ?

Premier pilier de sa stratégie : la relation entre le coach de l'équipe professionnelle et le directeur du centre de formation. "Elle est fondamentale. Il faut créer une passerelle très forte entre les deux entités et un équilibre entre les hommes clés du projet". Problème, au SMC, c'est un secret de polichinelle, ce n'est pas l'amour fou qui régnait entre Pascal Dupraz et Stéphane Nado. "Aujourd'hui, cette relation n'est pas comme je veux", ne cachait pas Olivier Pickeu. "Je vais travailler dessus. J'ai déjà commencé car je n'imagine pas ce club fonctionner avec des zones de frottement dans son organisation".

"Il y a une structure très lourde avec par exemple deux entraîneurs par catégorie"

En mettant fin à l'aventure de Stéphane Nado (qui disposait d'un CDI), l'homme de confiance de Pierre-Antoine Capton et du fonds d'investissement américain Oaktree n'a pas tardé à trancher dans le vif. Un départ qui pourrait ne pas être le seul changement dans l'organigramme de la structure caennaise. L'ex-manager du SCO l'a rappelé à de nombreuses reprises : "Je dois prévoir le pire et le pire, c'est de continuer en Ligue 2. Je dois préparer le club à ça".

Confronté à des sérieuses difficultés financières, héritage des gouvernances précédentes (malgré plusieurs millions d'euros déjà injectés par les nouveaux actionnaires comme prévus), le Stade Malherbe doit réduire son train de vie. Le centre de formation ne fait pas exception à la règle. "Il y a une structure très lourde avec par exemple deux entraîneurs par catégorie. C'est top quand on est en Ligue 1. C'est bien aussi pour avoir des points (pour le classement de la DTN, lire Le chiffre). Maintenant, il faut qu'on ait une vraie réflexion sur ce sujet. Depuis trois ans, des présidents se sont succédé, des équipes ont été mises en place, des investissements ont été consentis… Je dois tirer la quintessence de ce qui a été fait et opérer des ajustements si besoin".

Stéphane Nado n'est plus le directeur du centre de formation

La nouvelle est tombée lundi soir via Benjamin Quarez. Une information que nous nous sommes fait depuis confirmer. Stéphane Nado n'est plus le directeur du centre de formation du Stade Malherbe. Selon le journaliste de goal.com, l'Etat-major caennais et le technicien breton auraient décidé de mettre fin à leur collaboration « d'un commun accord ». Une annonce qui ne surprendra aucun observateur du club normand. Comme expliqué un peu plus haut, Stéphane Nado entretenait des relations plutôt fraîches avec Pascal Dupraz. Alors qu'elle était historiquement, au SMC, dans les prérogatives du responsable du centre de formation, le coach de l'équipe professionnelle a décidé de rapatrier dans son giron la gestion de la réserve, intitulée désormais groupe Pro 2.

"Je voudrais mettre l'accent sur le travail qu'on effectue avec tous les membres du staff. Tous les matins, on est dix dans un bureau. On a eu, je pense, la bonne idée de regrouper les groupes élite et professionnel. Ils se font administrer les mêmes séances à des horaires et avec des contenus identiques. Tout cela créé chez nous une vraie osmose. C'est ça la force d'un club tel que je le conçois", avait rappelé l'entraîneur savoyard, samedi soir, après la victoire acquise aux dépens de Nancy (2-1).

Fabrice Vandeputte, seul technicien à posséder le diplôme en interne

Au-delà de Pascal Dupraz, Stéphane Nado n'avait pas réussi à fédérer l'équipe technique du centre autour de sa personne. Engagé à l'été 2018 sous la présidence de Gilles Sergent (avec un contrat en CDI), il n'était pas parvenu à faire oublier Francis De Taddeo, son prédécesseur, non conservé par l'ancienne direction et désormais à Montpellier. Au terme de la saison dernière, le départ de Michel Rodriguez (en charge des U19), lui aussi au MHSC, et le renouvellement tardif de plusieurs éducateurs avaient été très mal perçus en interne. Paradoxalement, sous son mandat, les résultats dans les catégories de jeunes ont été excellents (demi-finale du championnat de France U19 en 2019, montée de la réserve en N2 en 2020). Toutefois, difficile de mesurer le poids de l'ancien technicien de Brest et de Marseille dans ces performances.

La fin de l'aventure en « Rouge et Bleu » désormais actée, se pose la question de son remplacement. A l'heure où nous écrivons ces lignes, aucun nom n'a filtré. Tout ce que l'on peut dire à ce stade, c'est que si l'option interne était choisie par le président Olivier Pickeu (de manière transitoire ou définitive), Fabrice Vandeputte, le coach de la réserve, est le seul à disposer du diplôme nécessaire. Une fonction qu'il a déjà occupée à Dijon, entre 2004 et 2008, et à Bourg-en-Bresse, durant l'exercice 2017-2018. Venant de commencer sa formation pour obtenir son Brevet d'entraîneur formateur de football, Nicolas Seube, à la tête des U19, pourrait, techniquement, également diriger le centre de formation du Stade Malherbe.

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Recruté en 2018 sous la présidence de Gilles Sergent, Stéphane Nado n'a jamais réussi à faire oublier à Francis De Taddeo, son prédécesseur. 

L'enjeu du second contrat professionnel

"Pour que le puzzle soit fluide", pour reprendre son expression, Olivier Pickeu évoque la possibilité de revoir le fonctionnement interne "afin d'être beaucoup plus polyvalent, d'être capable d'occuper plusieurs missions". "J'aime bien l'idée que tout le monde bosse ensemble. Il faut que les coaches se parlent. Car s'ils ne le font pas et que chaque jeune qui a un profil pour jouer en équipe première doit faire son année en U17, son année en U19, son année en National 2 pour faire plaisir à tout le monde ou pour faire de la championnite, je dis : « Attention Messieurs, on est en 2020, ne dormez pas ». Les mecs doivent être sur le qui-vive. A la limite, le match, je n'en fous, ce qui compte, c'est de former des futurs pros".

Des néo-professionnels lancés de plus en plus tôt dans le grand bain. "Quand j'étais joueur (fin des années 1980-début des années 1990), c'était un exploit d'être en D1 à 19 ans. Aujourd'hui, si à cet âge, tu n'es pas en Ligue 1, tu es has-been", caricature le président normand citant les exemples Rayan Aït Nouri et Mohamed-Ali Cho à Angers. "Aït Nouri a signé pro à 16 ans et demi. Il n'est ni passé par la case U17 ni U19. Il a été directement dans le groupe de Stéphane Moulin". Mais en devenant professionnel de plus en plus jeune, l'enjeu pour les clubs formateurs se déporte sur le deuxième contrat.

Par exemple, un garçon comme Kélian Nsona, déjà sollicité cet été, arrive au terme de son engagement dès 2022. Conséquence, s'il ne prolonge pas, le Stade Malherbe sera dans l'obligation de le vendre l'été prochain ou au mercato d'hiver suivant au risque sinon de le voir partir libre (dans un cas de figure similaire, Johann Lepenant disposait d'une prolongation automatique d'un an dès sa première apparition chez les « pros » qui a donc été activée). "Après, la question est de savoir si le club avance à la même vitesse que ses joueurs ?", lance Olivier Pickeu. "Quand le costume devient trop petit, il faut trouver une solution". Pour accompagner le développement de ses meilleurs espoirs, une montée en Ligue 1 constitue certainement la meilleure d'entre elles.

Les recruteurs des « pros » vont aussi travailler pour la formation...

Depuis quelques mois, le centre de formation du Stade Malherbe ne possède quasiment plus de cellule de scouting. Composée encore il y a peu de huit personnes, elle n'en compte, désormais, plus que deux dont son responsable Djiby Diao à l'origine de la venue de plusieurs espoirs de la région parisienne depuis une quinzaine d'années (Kélian Nsona, Jason Ngouabi, Jean-Victor Makengo, Yann Karamoh…, pour ne citer qu'eux). Suite à une décision de l'ancienne direction, elle a été démantelée pour des raisons économiques. Sous la présidence d'Olivier Pickeu, un nouveau mode de fonctionnement va être mis en place.

...et les recruteurs de la formation pour les « pros »

"Je considère qu'il n'y a pas d'un côté le recrutement des pros et de l'autre, celui pour les jeunes. On va créer une unité avec la cellule des pros travaillant pour le centre", explique le dirigeant caennais qui avait déjà instauré ce système au SCO. "Yohan (Eudeline, le directeur sportif du SMC qui collaborait aussi avec Olivier Pickeu à Angers) peut en témoigner. Je lui ai demandé d'aller sur les terrains des jeunes. Au début, vous pourrez lui poser la question, il n'avait pas vraiment envie".

Mais la méthode a porté ses fruits. "Yohan m'a ramené le petit (Anthony) Mancini qui vient de signer à Burnley (en Premier League, prêté avec option d'achat) et le petit (Waniss) Taïbi qui a participé à la Coupe du Monde U17 l'année dernière (avec Johann Lepenant)". Un dispositif qui s'appliquera dans les deux sens. "Si je prends l'exemple de Djibi, on sait tous qu'il a un vrai œil sur la formation mais ça serait intéressant de l'imaginer travailler sur les pros. Quand je l'ai rencontré, je lui ai posé deux-trois questions. Il possède une véritable vision". Pour le président normand, cette conception transversale sur le recrutement d'un club, d'une manière globale, possède l'avantage "de réduire les coûts" dans un contexte, rappelons-le encore une fois, de restriction économique. "Quand j'évoque la possibilité d'être polyvalent, d'occuper plusieurs missions, la partie recrutement s'inscrit pleinement dans ce cadre".

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Après le démantèlement de la cellule scouting du centre de formation par l'ex-équipe dirigeante pour des raisons économiques, Olivier Pickeu va en mettre une nouvelle en place où les recruteurs travailleront à la fois pour les « pros » et pour les jeunes. ©Damien Deslandes

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