Que le temps passe vite. Déjà six ans que Juliette Arthur court, défend et s'arrache sur chaque ballon pour le Stade Malherbe. A son arrivée à l'été 2020, la jeune Manchoise ne possédait aucune expérience dans un collectif 100% féminin. C'est au club de Pont-Hébert, près de Saint-Lô, qu'elle a fourbi ses premières armes, à l'âge de 10 ans. Elle voulait imiter son grand frère, Hugo, de trois ans son aîné, et ses copains d'école. "Un soir, je suis allée dans la chambre de mes parents, et je leur ai dit : « J'ai envie de m'inscrire, je veux jouer au foot ». Au début, ma mère doutait un peu, mais je m'en fichais de jouer avec les gars. Ça s'est toujours bien passé avec eux". Elle a été si bien intégrée que la petite Juliette, née à Coutances, a porté le brassard de capitaine en mixité. Elle s'est imposée naturellement comme une leader, grâce à son caractère, mais également à sa position sur le terrain. Aussi surprenant que ça peut paraître pour une jeune joueuse, elle préférait défendre que de marquer des buts. "Les garçons étaient plus techniques que moi donc pour rivaliser, j'ai préféré les empêcher de marquer. J'adorais défendre les un contre un", raconte-t-elle.
Ce potentiel, Anaïs Bounouar l'a remarqué très vite. La latérale avait tapé dans l’œil de la responsable de la section féminine du SMC (de 2019 à 2022) lors des sélections de l'équipe de Normandie. Séduite par le projet malherbiste, Juliette Arthur a rejoint, à l'été 2020, le plus grand club de sa région, la Basse-Normandie, celui qu'elle supportait étant gamine. En parallèle, elle a intégré le Pôle Espoirs de Rennes, aux côtés de sa grande amie et coéquipière, Jade Dumas. "Le haut niveau m'est tombé dessus d'un coup. Aller au pôle et intégrer Malherbe en même temps, je n'y avais jamais pensé". Son acclimatation s'est déroulée à merveille. Avec Jade Dumas, actuelle gardienne du Mans en D2, elles étaient les deux seules de leur génération à intégrer directement le collectif senior d'Anaïs Bounouar. "Je me souviens de mon premier entraînement, j'étais gênée et je ne savais pas quoi dire. Au fur et à mesure, j'ai pris mes marques. Maintenant, je connais tout le monde ici", plaisante-t-elle, moins timide qu'à ses débuts.
"A l'école, j'avais une tête de plus que les garçons. Je fais 1,76 m depuis le collège"
Juliette Arthur
Pour s'imposer, en plus de ses qualités techniques, la défenseure des « Rouge et Bleu » s'appuie sur son gabarit impressionnant. Sur son couloir gauche, elle est rarement passée inaperçue. "A l'école, j'avais une tête de plus que les garçons avant qu'ils ne grandissent. Je fais 1,76 m depuis le collège". Alors qu'en France, la taille moyenne chez une femme est d'1,62 m, Juliette Arthur a fait de sa mensuration une vraie force. Puissante, forte dans les duels, elle bénéficie aussi d'un bon jeu de tête. "Mon physique, c'est mon point fort. Quand je suis entrée dans le monde senior, il a fallu que je l'utilise à bon escient". Aussitôt dit, aussitôt fait. Ce n'est pas son coach qui affirmera le contraire. "C'est une marmule", sourit Tristan Blanchard. "On se sert de son gabarit dans l'impact. Dans les duels, elle est capable de répondre à n'importe qui. Que ce soit au contact épaule - épaule ou pied - pied, neuf fois sur dix, elle ressort avec le ballon". Un atout sur lequel le technicien caennais compte dans un championnat de D3 réputé très physique.
Trois graves blessures en l'espace de trois ans
A Malherbe, Juliette Arthur a tout connu. La montée en R1, le Covid et l'arrêt des compétitions, les barrages manqués face au Mans, les départs successifs d'entraîneurs, l'accession en D3... Bref, une sacrée expérience. En parallèle de ses premiers pas sous les couleurs « Rouge et Bleu », elle a également eu la chance de porter un autre maillot : celui de l'équipe de France, orné du coq. A 16 ans, elle s'est envolée pour la Suède afin de disputer les qualifications pour l'Euro U17, sous les ordres de Cécile Locatelli. "Mes parents et mes grands-parents avaient fait le déplacement. C'était un rêve de chanter La Marseillaise devant eux", raconte celle qui a toujours eu pour modèle Sakina Karchaoui. La suite ne s'est pas déroulé comme prévu. Début 2022, un entraînement au Pôle Espoirs a tourné au drame, à quelques mois de disputer le championnat d'Europe en Bosnie-Herzégovine et la Coupe du Monde U17 en Inde. "Sur un un contre un, je suis mal retombée et mon genou gauche a craqué". Le bilan médical est sans appel, la gauchère est victime d'une rupture des ligaments croisés. Et après neuf mois de rééducation, son corps a de nouveau lâché.
"Je reviens de loin. je suis tellement fière d'avoir joué ce quart de finale. Mon travail a été récompensé"
Juliette Arthur
En avril 2023, Juliette Arthur a été gravement blessée aux ligaments de la cheville gauche, avec en prime, un arrachement osseux. "On m'avait parlé d'opération, mais je n'en ai finalement pas eu besoin. Passer de six séances par semaine à rien du tout, c'était dur". Puis, la malchance la poursuit. Au mois de novembre 2025, la défenseure caennaise se tord le genou, toute seule, à l'entraînement. Le verdict est salé : le ménisque interne est coupé en deux et le ménisque externe est touché. Cette fois, elle n'a pas le choix, elle doit passer sur le billard. "Le chirurgien a gratté 5% de mon ménisque. Il a fait de la soudure pour le recoller. J'ai eu de la chance, car mon ménisque n'était pas totalement détruit", explique-t-elle, toujours positive. "Après chaque blessure, on se dit : « J'en ai marre, pourquoi revenir ? »". Mais l'appel du ballon rond est trop fort. Alors, après l'opération, elle s'est mise en mode « robot ». Musculation tous les soirs, réathlétisation au bord du terrain lors des matchs des copines... Juliette Arthur s'est accrochée. Après des mois de galère, elle a vu le bout du tunnel en ce début d'année 2026. Après la qualification de ses coéquipières en Coupe de France, aux dépens de Châtenoy-le-Royal (8e de finale. 2-1, le 25 janvier), Juliette Arthur a dégainé son téléphone. "J'ai demandé aux filles quand aurait lieu les quarts de finale. Elles m'ont répondu : « En mars ! ». J'avais un objectif en ligne de mire, il fallait que je sois prête".
Comme toutes ses partenaires, Juliette Arthur ne voulait manquer pour rien au monde ce rendez-vous historique à d'Ornano. Seulement un mois avant ce grand rendez-vous contre le Paris FC, elle a pu reprendre l'entraînement. Suffisant pour être titularisée le jour J sur le côté gauche de la défense, malgré seulement 125 minutes de jeu dans les jambes. "Ce n'était pas prévu qu'elle ait autant de temps de jeu, mais elle a répondu présent. Elle peut jouer court ou long. Elle a un vrai pied. C'est vraiment une fille sur qui on peut compter", confie Tristan Blanchard. Pour l'anecdote, sur ce match de prestige, Juliette Arthur avait comme adversaire direct une amie, en la personne de Fiona Liaigre. "On était ensemble en équipe de France. Je savais qu'elle courrait vite, longtemps, et que je souffrirais", glisse-t-elle, avec un large sourire. Au coup de sifflet final, la Parisienne est venue lui offrir un maillot, en guise de souvenir indélébile. Malgré la défaite (2-0), Juliette Arthur retient le chemin parcouru. "Je reviens de loin. Je suis tellement fière d'avoir joué ce quart de finale. Mon travail a été récompensé". Avec ses hauts et ses bas, sa carrière n'est pas près de s'arrêter. Juliette Arthur rêve toujours d'évoluer en D2. Si cela pouvait se produire avec son club de cœur, elle signerait de suite.
Léa QUINIO






