Les dirigeants du Stade Malherbe peuvent remercier leur centre de formation ! A la lecture du rapport annuel de la DNCG(1) (Direction nationale du contrôle de gestion), concernant la saison 2024-2025, celle de la relégation en National (avec pourtant le troisième budget à ce niveau, derrière le FC Metz et le FC Lorient), le club caennais faisait partie des 12 « écuries » de Ligue 2, sur 16(2), a présenté un résultat net négatif. Pour le SMC, il se portait à 2,819 M€. S’il n’y a pas de quoi sauter au plafond, c’est tout de même trois fois moins que l’exercice précédent (- 8,475 M€ en 2023-2024). Mais ça restait le sixième plus important de la division après l’ovni financier du Paris FC (- 33,499 M€), promu en Ligue 1 en y mettant visiblement les moyens, le Red Star (- 8,59 M€), Clermont (- 6,7 M€) et Grenoble (- 3,6 M€).
Il faut dire que le déficit structurel des « Rouge et Bleu », bien qu’en légère baisse (300 000 € par rapport à la saison d’avant), crevait toujours autant le plafond, en avoisinant la barre des 11 M€ (- 10,805 M€). Si la masse salariale (pour laquelle la partie « pro », joueurs + staff, pèse en moyenne à hauteur de 75% en L2), la cinquième plus élevée en deuxième division, avait un peu diminué (15,758 M€ contre 16,186 M€), elle équivalait presque à l’ensemble des recettes, hors transferts du club (16,186 M€) ! Des recettes qui s’étaient maintenues malgré la chute des droits TV (3,239 M€ contre 4,808 M€) et des revenus liés aux matchs dont la billetterie (2,582 M€ contre 3,244 M€). Problème, les autres charges (indemnités de rupture du personnel concernant, entre autres, l'ex-président Olivier Pickeu et de l'ex-directeur sportif Yohan Eudeline, organisation des matchs, location et exploitation du Stade d'Ornano, transports et hébergements de l'équipe « pro » et de celles du centre de formation...) avaient bondi d’1,2 M€ pour grimper à 10,556 M€.
Une balance des transferts positive de plus de 9 M€
En dépit de dépenses et de recettes quasi-similaires à l’exercice précédent, pourquoi le SMC a affiché un résultat net en « amélioration » ? Tout simplement parce que sa balance des transferts était nettement bénéficiaire (+ 9,403 M€ contre « seulement » 2,65 M€ en 2023-2024). Alors qu’il n’aurait pas versé le moindre euro pour acquérir une recrue, le club normand le doit en grande partie aux ventes d’Andréas Hountondji (4 M€ à Burnley), Norman Bassette (2,70 M€ à Coventry), Tidiam Gomis (1 M€ au RB Leipzig), Hugo Vandermersch (800 000 € au FC Saint-Gall) et Nicholas Gioacchini (en percevant des droits sur une revente)(3), que des garçons issus de son centre de formation. Des montants qui ne tiennent pas compte d’éventuels bonus ou de pourcentages sur une future revente.
Il convient de préciser que ce bilan comptable à un instant T, notamment concernant le mercato, ne reflète pas l'état de la trésorerie « Rouge et Bleu » au même moment ; le paiement des transferts en question étant étalé sur deux ou trois années, un procédé devenu monnaie courante dans le monde du ballon rond. Ainsi, s'il percevra les 4 M€ de la vente d’Andréas Hountondji en différentes tranches, selon des modalités négociées entre les deux clubs, le Stade Malherbe a inscrit l'entièreté de cette somme dans son compte de résultat de l'exercice 2024-2025. D'ailleurs, on voit dans le rapport du gendarme financier du football français que le SMC doit encore toucher plus de 6 M€ liés aux transferts.
Du coup, le déficit « réel » du club normand au 30 juin 2025 était certainement supérieur à 2,819 M€. C'est aussi pour combler ce besoin de trésorerie que son actionnaire majoritaire, Coalition Capital (filiale d’Interconnected Ventures, qui gère les investissements de Kylian Mbappé) a procédé à une augmentation de capital à hauteur de 5,5 M€ au mois de décembre, en transformant en capital une partie de la somme qu’il avait prêté au Stade Malherbe, comme rapporté par le média L’Informé. Pour sa première saison à la tête de la maison « Rouge et Bleu » (avec une prise de contrôle effective à partir de septembre 2024), le capitaine de l’équipe de France a respecté ses obligations financières, comme il s'y était engagé. D'ailleurs, le SMC n'a fait l'objet d'aucune sanction de la part de la DNCG.
Mathieu BILLEAUD
(1)Le rapport annuel de la DNCG se rapporte aux comptes cumulés de la SAS et de l'Association.
(2)Exclus des compétitions nationales à l’issue de cette saison 2024-2025 compte tenu de leur situation financière, l’AC Ajaccio et le FC Martigues ne figurent pas dans le rapport de la DNCG.
(3)Ali Abdi à l’OGC Nice (500 000 €) et Moussa Sylla au Pau FC (pour 300 000 €) ont également été transférés lors de cette saison 2024-2025.
Et en National ?
Avec sa descente en National cette saison, le Stade Malherbe sera confronté à une baisse significative de l'ensemble de ses revenus : sponsoring, billetterie et surtout droits TV. C'est bien simple, il n'y en a pas dans cette division. Le club normand touchera, tout de même, une indemnité d'aide à la relégation comprise entre 1 et 1,5 M€. Par ailleurs, sur l'exercice 2024-2025, le SMC a perçu des subventions « exceptionnelles » CVC* à hauteur pratiquement de 2,7 M€. Pour éviter de présenter un déficit colossal au 30 juin 2026, les dirigeants caennais se sont retrouvés dans l'obligation de réduire leurs charges, et notamment cette masse salariale XXL. Ce qui semble avoir été le cas. Dans le podcast « Rouge et Bleu », Reda Hammache, le responsable du recrutement, avait indiqué que la masse salariale se rapportant uniquement aux joueurs de l'effectif « pro » avait été ramenée de 11 M€ à 3,5 M€.
*En 2022, le fonds d'investissement luxembourgeois CVC a investi 1,5 milliard d'euros en échange de 13% des revenus dégagés par la société commercialisant les droits TV de la Ligue 1 et de la Ligue 2, à vie !






