Un rendez-vous de prestige attend les filles de Tristan Blanchard, ce dimanche (15 mars). Petit Poucet de la Coupe de France, le Stade Malherbe, pensionnaire de D3, recevra en quart de finale le Paris FC (Arkema Première Ligue), tenant du titre. Avant cette affiche de gala, délocalisée à d'Ornano, la rédaction de Foot Normand vous propose un focus sur la section féminine du club caennais. Cinquième et dernier volet de cette semaine spéciale avec le portrait de Lisa Bugna.
Il paraît loin le temps où Lisa Bugna, petite fille réservée, arrivait à l'entraînement sur la pointe des pieds, et où entendre le son de sa voix se faisait rare. Ses premières coéquipières au SMC peuvent en témoigner. La n°29 des « Rouge et Bleu » n'était pas du genre à faire du bruit dans le vestiaire, ni sur le terrain. L'an passé, Chloé Charlot, son ancienne coach, qui la connaît depuis l'âge de 10 ans, avait d'ailleurs confié : "Il a toujours été difficile de savoir ce qu'elle pensait". C'est vrai. Et sa nature profonde ne changera pas. Elle est plutôt du style à se cacher que figurer au premier rang. Et pourtant, cette saison, la « gamine » de Malherbe s'est révélée. Balle au pied, on retrouve une Lisa Bugna transformée. Son talent précoce avait déjà tapé dans l’œil de recruteurs lors de son entrée au lycée. Approchée à plusieurs reprises par l'INF Clairefontaine et le Pôle Espoirs, la jeune joueuse n'était pas prête à quitter son cocon familial.
Depuis, la Caennaise a pris du galon et des épaules. De l'expérience aussi. Elle est même devenue incontournable dans le onze de départ de Tristan Blanchard. Pour comprendre, il suffit de faire les comptes. Toutes compétitions confondues, l'attaquante de la section féminine n'a commencé qu'une seule rencontre sur le banc et n'a raté qu'un seul match, pour cause de suspension (pour une accumulation de trois cartons jaunes). Elle est l'élément le plus utilisé derrière Zélie Mainier-Delarue, "à 22 minutes près", sourit le coach, qui tient un carnet très précis des statistiques de ses protégées. Lisa Bugna a bousculé la hiérarchie pour s'installer comme une cadre du groupe, à seulement 19 ans. "C'est une jeune joueuse sur laquelle on comptait s'appuyer à l'avenir, mais ses bonnes performances du début de saison ont prouvé qu'on pouvait lui donner plus de temps de jeu", réagit son entraîneur. "Elle a travaillé à l'entraînement, enchaîné les bonnes prestations et elle s'est impliquée dans le projet collectif".
"Son exigence a monté d'un cran vis-à-vis d'elle et du groupe. Avant, elle se reposait sur ses qualités"
Tristan Blanchard
Déjà créditée de quatre buts au mois d'octobre, dont un doublé face à Orléans, la Caennaise est la deuxième meilleure scoreuse du SMC (dix réalisations en 21 apparitions), derrière l'incontournable gâchette Korka Fall, déjà la plus prolifique dans cet exercice la saison dernière (15 buts en 20 matchs pour l'instant). "A chaque match, je me donne un objectif : soit de faire une passe décisive, soit de marquer. Je veux être décisive", complète la nouvelle goleador du Stade Malherbe. Pour en arriver là, Lisa Bugna a gagné en maturité. Car il faut le reconnaître, l'attaquante était parfois critiquée pour sa suffisance. Bien au-dessus de la moyenne dans les catégories jeunes, toujours mise sur un piédestal, elle a pu avoir comme défaut de se satisfaire du minimum en débarquant chez les seniors. Sous les ordres de Tristan Blanchard, elle a compris qu'il fallait faire plus pour aller chercher plus. "Son exigence a monté d'un cran vis-à-vis d'elle et du groupe, mais elle peut encore faire mieux. Avant, elle se reposait sur ses qualités. Désormais, elle est plus à l'écoute. Elle fournit plus d'efforts et elle va se mettre en difficulté, notamment sur le travail athlétique".
Des qualités de dribbles rares dans le foot féminin
Le côté athlétique, c'est justement l'une des forces de Lisa Bugna. Joueuse au profil longiligne, comparable à une spécialiste du 100 mètres, la n°29 du SMC a toujours été très rapide. Depuis toujours, elle aime aller vers l'avant. Elle est aussi dotée de qualités de dribble rares dans le football féminin. Repositionnée latérale la saison précédente par Chloé Charlot, l'étoile montante du Stade Malherbe est désormais bien plus épanouie au poste d'attaquante. "J'ai davantage l'occasion de dribbler que quand j'étais défenseure. Au moins, si je rate mon dribble, on va moins m'engueuler", se lâche la jeune joueuse, avant de glisser plus sérieusement : "Le but m'attire. J'aime dribbler. Mais je peux encore faire mieux dans le dernier geste pour marquer plus". Ce n'est pas Tristan Blanchard qui affirmera le contraire, mais le technicien reste bluffé par sa capacité de percussion, assez inédite chez les footballeuses. "Dans ce championnat, il y a beaucoup de joueuses qui percutent tout droit. Lisa a cette créativité. Il faut lui laisser le champ libre pour exploiter ses qualités à 100 %", estime le coach normand. "Maintenant, il faut ajuster les moments et les zones dans lesquelles elle peut dribbler". "Elle a passé un cap cette année. Quand elle provoque, c'est de la régalade !", savoure sa coéquipière Alizée Leroty.
"Je réfléchissais à notre cri de guerre. J'ai trouvé un instrumental sur Youtube et j'ai écrit les paroles"
Lisa Bugna
Tantôt en pointe, tantôt dans le cœur du jeu en tant que n°8 ou n°10, Lisa Bugna excelle également en position d'excentrée. En plus de sa palette de passement de jambes et de gestes techniques dont personne n'a la recette, elle a cette capacité à délivrer des « bonbons » de centres à ses partenaires, après avoir débordé à droite, comme à gauche. "C'est une joueuse qui peut jouer sur les largeurs mais aussi en tant que piston, dos au jeu. Elle n'est pas cantonnée à un poste, elle est adaptable. Et ça, c'est un vrai plus pour le collectif", poursuit Tristan Blanchard.
Dotée de qualités techniques semblables à Clara Matéo, sa future adversaire avec le Paris FC, et de percussion d'une Marie-Antoinette Katoto, l'attaquante de l'Olympique Lyonnais, Lisa Bugna rêve un jour d'évoluer en deuxième division. Si la marche semble trop haute pour la D1, son entraîneur la voit bien comme une joueuse confirmée de D2 dans les deux à trois ans à venir. A quelques conditions. "Quand le football devient ton métier et occupe une grande partie de ton emploi du temps, il y a une grosse exigence à avoir sur la récupération et le travail invisible. Elle doit gagner en maturité là-dessus si elle veut rêver plus haut", prévient Tristan Blanchard. La priorité pour l'instant ? C'est bien entendu ce quart de finale de Coupe de France contre le PFC, le tenants du titre, ce dimanche, à d'Ornano. En cas d'exploit, nul doute que Lisa Bugna prendra un malin plaisir à piquer le mégaphone dans les vestiaires. Un nouveau rôle qu'elle assure depuis quelques mois. "Un soir, j'étais dans mon lit, et je réfléchissais à notre cri de guerre. J'ai trouvé un instrumental sur Youtube et j'ai écrit les paroles. Lors du déplacement à Molsheim (J10. victoire 1-0, le 30 novembre), les filles m'ont demandé de le chanter dans le bus. Tout le monde a adhéré !". En plus d'être décisive, elle rassemble les troupes. La petite fleur ne demandait qu'à éclore.
> Coupe de France féminine. 1/4 de finale - SM Caen (D3) / Paris FC (D1), dimanche 15 mars à 15 heures au Stade Michel-d'Ornano.
Léa QUINIO
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