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La mobilisation des fans, l'expulsion de Loup Hervieu, les dix dernières minutes de folie

Le Stade Malherbe n'est pas près d'oublier cette soirée

Résumé

Il y avait eu le but de Ronny Rodelin au Parc des Princes en 2017, il y aura désormais le penalty de Benjamin Jeannot contre Clermont. Maintenu sur le fil en Ligue 2, le Stade Malherbe a fait vivre à ses amoureux des émotions comme lui seul est capable de le faire. De la mobilisation des supporters en avant match à la joie sur la pelouse de d'Ornano en passant par ce scénario complètement dingue, revivez le film de cette soirée qui restera, incontestablement, dans les annales du club normand.

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La mobilisation des supporters, l'expulsion de Loup Hervieu, la joie sur la pelouse de d'Ornano et dans les vestiaires... Revivez le film de cette soirée complètement dingue comme si vous y étiez. ©Damien Deslandes
La mobilisation des supporters, l'expulsion de Loup Hervieu, la joie sur la pelouse de d'Ornano et dans les vestiaires... Revivez le film de cette soirée complètement dingue comme si vous y étiez. ©Damien Deslandes
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Quand la préfecture joue un vilain tour aux supporters

17 heures. Par dizaine, les supporters se pressent aux abords de d'Ornano pour accueillir les joueurs. Mauvaise surprise, ces derniers sont déjà présents au stade, en mini-bus et en catimini. Un protocole imposé par la préfecture du Calvados. Adversaire du soir, Clermont, arrivé dans un bus de la ville (!), est logé à la même enseigne ; ce qui ne manquera pas de provoquer le courroux de son entraîneur, Pascal Gastien, en conférence de presse. "C'est un scandale. On a préparé ce match dans de très mauvaises conditions". Alors que le club normand se trouve dans l'œil du cyclone depuis l'épisode « des invités » contre le PSG, pas question pour les services de l'Etat d'assister aux mêmes scènes qu'il y a 15 jours avec un bus caennais escorté par les fans.

Cette décision provoque forcément l'incompréhension (pour ne pas dire plus) du MNK. "C'est inadmissible, honteux et méprisant", ne passe pas par quatre chemins son président Christophe Vaucelle. Malgré ce « couac », cela n'empêche pas la mobilisation de quelque 500 supporters « Rouge et Bleu », selon le décompte des forces de l'ordre. Amassés derrière la grille d'accès de l'enceinte (qui a légèrement tremblé au passage), ils multiplient les chants, pétards et fumigènes à l'appui. "Malherbe, c'est nous", "On veut le maintien", "Les joueurs avec nous". Un appel entendu. Après une poignée de minutes, les coéquipiers de Prince Oniangué sortent à leur rencontre. Un rassemblement qui se termine par un tour de d'Ornano dans une ambiance extrêmement festive, prouvant, s'il en était besoin, que les fans sont indispensables au football.

1re titularisation pour Loup Hervieu en... latéral droit !

19 heures. Enorme surprise au moment de la divulgation de la composition d'équipe avec la première titularisation en « pro » de Loup Hervieu (21 ans), 64' de temps de jeu avant ce week-end. Un milieu de terrain aligné en position de... latéral droit ! Un choix fort dicté, en partie, par les nombreuses absences (blessure d'Hugo Vandermersch, suspension de Steeve Yago) et la méforme de certains cadres comme Jonathan Rivierez. A l'image du Granvillais, Fabrice Vandeputte a décidé de faire confiance aux jeunes avec huit joueurs âgés de moins de 24 ans au coup d'envoi et neuf issus du centre de formation en y ajoutant le « grand frère » Prince Oniangué.

"On peut compter sur eux. Ils représentent l'avenir du club. Le plus important, c'est leur émergence. Je crois que c'est ça qu'il faut retenir", lâche l'entraîneur dont l'intérim a pris fin ce samedi. Un technicien qui pourrait retrouver une partie de cette relève caennaise la saison prochaine. En fin de contrat, Fabrice Vandeputte a révélé avoir reçu une proposition de prolongation de la part de ses dirigeants. Le Ch'ti va reprendre en mains la réserve quittée il y a deux mois quand il a succédé à Pascal Dupraz.

Plus de 45' à dix après l'expulsion de... Loup Hervieu

20 h 38. Loup Hervieu se rappellera certainement toute sa vie de cette première titularisation dans le monde professionnel. Suite à un ballon dans la profondeur, le jeune granvillais est expulsé pour une (supposée) faute sur Jim Allevinah (38'). Après avoir revu l'action à la vidéo, cette décision de M. Bastien Dechepy apparaît extrêmement sévère. S'il a le tort de laisser traîner sa main à hauteur de l'attaquant clermontois, le n°2 des « Rouge et Bleu » ne semble pas le toucher. En quittant la pelouse de d'Ornano, l'intéressé ne peut s'empêcher d'écraser quelques larmes. "C'est une injustice terrible. D'après les images, cette décision est injustifiée", commente Pierre-Antoine Capton, le président du Conseil de surveillance après coup.

Toujours est-il qu'après ce carton rouge, le SMC se retrouve à dix contre onze pendant plus d'une mi-temps. Alors qu'Alexis Beka Beka glisse immédiatement en arrière droit (avec une performance XXL dans ce rôle), Fabrice Vandeputte réorganise son équipe à la pause avec la rentrée de Nicholas Gioacchini en lieu et place d'Alexandre Mendy. Mais au moment d'attaquer la seconde période, l'avenir du Stade Malherbe en Ligue 2 ne tient plus qu'à un fil. Un but de Chambly au Paris FC (les deux formations sont à égalité 0-0) ferait basculer les partenaires de Jessy Deminguet en position de relégable. A l'inverse, si Dunkerque a égalisé contre Toulouse (1-1), Niort perd face à Guingamp (0-1). Conséquence : une victoire du club normand serait synonyme de maintien !

Dix dernières minutes totalement l'irrationnelles

21 h 39. Alors que Niort est toujours mené sur sa pelouse par l'En Avant, le PFC a ouvert le score contre Chambly. Pour prendre possession de la place de barragiste, les Picards doivent désormais marquer à deux reprises. De son côté, le Stade Malherbe, paradoxalement, affiche un visage bien plus fringant en infériorité numérique. Et à la 82', tout le peuple « Rouge et Bleu » se met à croire à un improbable retournement de situation. En coupant au premier poteau un corner rentrant de Benjamin Jeannot, sorti du banc, Prince Oniangué, encore une fois à son avantage en charnière centrale aux côtés du jeune Brahim Traoré, donne l'avantage aux Caennais. A cet instant-là, le SMC est sauvé. Mais ce bonheur pour les Normands ne va durer que l'espace de sept « petites » minutes ; le temps que Mohamed Bayo, auteur de sa 22e réalisation de la saison (meilleur goleador de Ligue 2), ne remette les deux camps à hauteur. Eddy Costil, le responsable des gardiens malherbistes, ne peut s'empêcher d'évacuer sa frustration sur le banc de touche qui s'en souvient encore.

Mais dans la foulée, cette soirée va totalement basculer dans l'irrationnelle. Sur un ballon, a priori assez anodin, le revenant Anthony Gonçalves, qu'on n'avait plus revu sous le maillot « Rouge et Bleu » depuis le 20 mars, à Châteauroux, à une époque où Pascal Dupraz était encore l'entraîneur, va provoquer la faute de Vital Nsimba dans la surface de réparation (90'). On ne va pas se mentir, à la lecture des images, ce penalty apparaît extrêmement généreux. Des considérations arbitrales qui importent peu aux Caennais ce dimanche matin. Malgré quelques minutes d'atermoiements, Benjamin Jeannot ne tremble pas pour tromper à contre-pied Arthur Desmas (2-1, 91'). Un but de l'ex-Lorientais qui envoie le SMC au septième ciel ; le revers de Niort face à Guingamp ayant été confirmé (0-2). Ce sont les Chamois qui défieront Villefranche (troisième de N1) en barrage.

Caen et Clermont ivres de bonheur

22 h 02. Scène assez incroyable au coup de sifflet final avec deux équipes totalement ivres de bonheur. Et pour cause, si le Stade Malherbe sauve sa peau en Ligue 2, Clermont, en dépit de ce revers, composte son billet pour la Ligue 1 pour la première fois de son histoire. D'ailleurs, Jessy Deminguet et ses coéquipiers ne manquent pas de réserver une haie d'honneur à leur adversaire du jour. A Caen, c'est un mélange de joie et de soulagement, entremêlé de quelques larmes, après être passé si près d'une catastrophe. L'émotion est palpable sur plusieurs visages à l'image de Nicholas Gioacchini.

"Cette victoire a plus d'importance que toutes les émotions que j'ai vécues dans ma carrière", confie, pour sa part, Prince Oniangué qui compte bien poursuivre l'aventure avec son club formateur. "Depuis trois ans, il s'est passé beaucoup de choses. L'heure est venue de tout remettre à sa place. Je crois que ce club va décoller. J'ai une pensée pour M. Fortin (l'ancien président du SMC poussé vers la sortie en 2018). On ne renverse pas un pilier comme ça. Il va y avoir une unité, une réconciliation. Elle est belle cette histoire. Pour moi, c'est le point de départ de la renaissance d'un club", estime l'international congolais. Les supporters « Rouge et Bleu » n'espèrent que ça.

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