L’origine de leur passion pour Malherbe
"Déjà petit, j’étais fan de la Borrelli, alors me retrouver dedans…"
Elle leur a été transmise par leur père, leurs frères ou un copain et depuis, ils sont complètement accrocs. Comment « nos » trois supporters sont devenus passionnés de Malherbe ? Emilie se souvient très bien de la première fois où son papa, Francis, l’a emmené à d’Ornano. "J’avais 12 ans, je sortais de l’école, je n’ai rien compris à ce qu’il se passait", rembobine la jeune femme, qui a vécu toute son enfance à Saint-Vaast-La-Hougue, dans le Nord-Manche. Et pour un baptême du feu, elle a été gâtée avec une affiche contre Saint-Etienne. "Je n’ai regardé que le kop. Sur toute la tribune, il y a eu un craquage de fumigènes", raconte l’actuelle trésorière du MNK 96 qui n’a pas oublié non plus sa découverte « des toilettes à la turque ». Bonne nouvelle pour toutes les supportrices normandes, des sanitaires plus modernes ont été installés en Borrelli lors de la dernière trêve de Noël. Depuis ce jour, Emilie est retournée à chaque match à domicile du SMC. "Mes parents allaient chercher les billets à Cherbourg. Ils faisaient l’aller-retour".
Alexandre a également connu "gamin" d’Ornano. "Avec mon club du Groupement rural des Châteaux (dénommé, désormais, le FC B2S). Mais comme j’habitais dans le fin fond de la Manche (à Valognes, en l’occurrence), c’était assez épisodique", confie ce membre du bureau du MNK 96 qui a dû attendre de poser ses valises à Caen, après son bac, pour se muer en habitué des lieux. "J’ai un ami qui faisait les mêmes études que moi, Florian, qui m’a embarqué en tribune". Presque un rêve se transformant en réalité. "Déjà petit, j’étais fan de la Borrelli, alors, me retrouver dedans… J’ai tout de suite kiffé". Steven, lui, a été bercé dans sa jeunesse par les prestations de Cédric Hengbart sous le maillot « Rouge et Bleu »(1), originaire comme lui de Falaise. Au départ, il a dû les suivre à la TV et à la radio. "Mes grands frères, Aurélien et Kévin, venaient en Borrelli dans les années 2000. Mais à l’époque, mes parents ne me donnaient pas le droit de sortir". Une fois le permis en poche, ce chauffeur poids lourd s’est largement rattrapé, lui qui ne rate quasiment pas une rencontre de son équipe préférée, à domicile comme… à l’extérieur ! Sa toute première ? Le fameux 5-0 aux dépens des Girondins, en novembre 2007, qui avait été accompagné de cette déclaration mythique du Bordelais Franck Jurietti à propos des coéquipiers de Nicolas Seube : « Ils se prenaient tous pour des Maradona ».
(1)Actuel entraîneur de l’US Avranches (N2), Cédric Hengbart (45 ans) a porté à plus de 250 reprises le maillot du SM Caen chez les professionnels (2001-2008).

Trésorière du MNK 96, Emilie a adhéré au groupe de supporters du SMC pour la première fois en 2005 ! ©Damien Deslandes
`Leurs meilleurs souvenirs de supporters
"Avec les partenaires du club, tout le monde s’est tombé dans les bras"
Durant une vie de supporter, qui est loin d’être refermée, nos trois interviewés ont eu le temps de se forger tout un tas de souvenirs. "Mon meilleur ? Mon premier déplacement, à Dijon et je pense que ça le restera. Je ne vois pas comment on pourrait faire mieux", répond du tac au tac Alexandre. "Dans le bus, il y avait nos amis Allemands (du club d’Ingolstadt, pensionnaire de D3). Il avait fait très beau, on s’était baladés toute la journée. On s’était même baignés dans une fontaine, on avait fait des plongeons alors qu’il n’y avait pas de profondeur. C’était très drôle". De son côté, Steven retient une victoire marquante de la dernière période faste de Malherbe en Ligue 1 (2014-2019). "Quand on gagne 3-2 à Marseille (en février 2015). A l’époque, je n’avais pas forcément d’argent donc ça représentait un budget de sortir une centaine d’euros pour se déplacer en bus avec le groupe". Mais le jeu en valait bien la chandelle. "Il y a bien sûr la physionomie du match(2). Et puis en quittant le stade, on a rencontré des partenaires du club qui avaient fait aussi le voyage. Tout le monde s’est tombé dans les bras". Un vrai beau moment de communion pour la communauté « Rouge et Bleu ».
Avec sa complice Priscilla, Emilie se rappelle, elle, avoir bravé les restrictions de circulation imposées par la crise sanitaire de la Covid-19 pour suivre son équipe de cœur. On peut le raconter aujourd’hui, le délai de prescription étant dépassé ! "On était présentes à tous les entraînements. Après les déplacements, quand on était énervées, on se rendait également à l’aéroport (de Carpiquet)". Et autant dire qu’au cours de cet exercice 2020-2021, ponctué d’un maintien miraculeux en Ligue 2 sur un penalty de Benjamin Jeannot, les occasions de manifester son mécontentement n’ont pas manqué.
(2)Menés 2-0 à l’heure de jeu, les hommes de Patrice Garande s’étaient imposés 3-2 au Vélodrome.

S'il est le dernier de « nos » trois supporters à avoir rejoint le MNK 96, il y a cinq ans, Alexandre n'en est pas le moins actif puisqu'il a intégré le bureau. ©Damien Deslandes
Leur plus mauvais…
"Ça serait donner raison à ces gens-là. Ils ne doivent pas gagner"
Supporter le Stade Malherbe est loin de ressembler à un long fleuve tranquille. S’ils ont collecté de merveilleux souvenirs depuis qu’ils encouragent le SMC, ces trois membres du MNK 96 ont également essuyé leur lot de déconvenues. La dernière en date, en tout cas la plus marquante, reste, bien entendu, cette défaite de triste mémoire contre Martigues, le 18 avril 2025, scellant la relégation du club caennais en National ; une première depuis 41 ans ! "Le 3-0 m’a fait mal", reconnaît Alexandre. "J’ai vu des gens pleurer autour de moi, ça m’a mis la boule au ventre. Depuis le début de la saison, on se répétait : « On n’est pas bien, on n'est pas bien ». Et ce soir-là, on a réalisé que c’était concret". Il n’a guère non plus goûté les événements d’après-match ; des dizaines de « fans », en provenance de toutes les tribunes, envahissant la pelouse de d’Ornano. Certains pour manifester leur colère, d’autres, ne comprenant pas visiblement la portée de cette descente, pour se prendre en selfie sur les bancs de touche ! "On était tristes et en même temps ridicules. On est tous rentrés un peu chamboulé par ces événements".
Si elle a été aussi profondément marquée par la rétrogradation de « son » équipe en troisième division, Emilie a toujours en travers de la gorge le départ de deux historiques de la maison « Rouge et Bleu » quelques années auparavant : Jean-François Fortin et Xavier Gravelaine. Référence à l’éviction de l’emblématique président de Malherbe, en 2018. Son directeur général ayant suivi dans la foulée ou presque. Mais ces déceptions sportives ne pèsent rien par rapport à ce qu’a subi Steven, victime de deux agressions en marge de déplacements, encore récemment à Dijon, par des individus se revendiquant supporters adverses. "J’ai connu pire à Toulouse. Plusieurs mecs m’avaient frappé au sol en rejoignant ma voiture", témoigne-t-il. Pour autant, pas question d’arrêter de se rendre dans les stades aux quatre coins de la France. "Ça serait donner raison à ces gens-là. Ils ne doivent pas gagner". Quand la passion est plus forte que tout.

Membre du MNK 96 depuis une quinzaine d'années, Steven ne rate quasi pas un match de Malherbe, à domicile comme à l'extérieur ! ©Damien Deslandes
Leur vœu le plus cher pour le Stade Malherbe
"Ce que je souhaite, c’est ressortir du stade avec le sourire"
Forcément, ce n’est pas le parcours que sont en train d’effectuer les coéquipiers de Yann M’Vila en National (9e à 13 points du podium) qui redonnent foi à « nos » trois supporters. Des joueurs qui pourtant échappent à leurs critiques les plus virulentes. "Ils se donnent, ils font ce qu’ils peuvent mais ils ont le niveau National", pointe Alexandre, sous-entendant qu’ils n’ont pas celui pour faire grimper le SMC dans la division supérieure. "On sait qu’ils ne trichent pas, ils sont à leur niveau", constate Emilie. Résultat, "une saison de transition, comme depuis six ans", estime, avec un rire jaune, Steven. Emilie est encore plus radicale : "Depuis la descente, on ne s’attend plus à grand-chose. On est vaccinés". Toutefois, la nomination de Gaël Clichy sur le banc caennais, fin décembre, semble avoir rallumé une légère flamme dans les rangs du MNK 96. "En début de saison, sans vouloir être méchant avec (Maxime) d’Ornano, l’équipe ne transmettait aucune émotion alors qu’on va au stade, justement pour en vivre. Au moins, là, il y a des buts". Problème pour le SMC, ils sont inscrits des deux côtés (neuf marqués pour 11 encaissés en six journées). Des scénarios spectaculaires qui génèrent de la frustration chez les fans « Rouge et Bleu ». "Le soir du match à Dijon, je pense qu’on a été plusieurs à éteindre notre TV au moment du troisième but adverse(3)", enrage Alexandre.
Dans cette conjoncture morose, quel est le vœu le plus cher de ces supporters ? "Si on parle de rêve, entendre la musique de la Ligue des Champions, ça serait incroyable. Vous imaginez… Bon, je n’y crois pas une seconde", prévient Alexandre qui garde les pieds sur terre. D’ailleurs, Steven se montre nettement plus pragmatique : "Déjà, remonter en Ligue 2, ça serait un bon début". Pour Emilie, elle, son objectif va au-delà du sportif. "Moi, ce que je souhaite, c’est ressortir du stade avec le sourire". C’est vrai que ces derniers temps, ce n’est pas arrivé si souvent aux amoureux du Stade Malherbe. Mais pourquoi pas ce samedi. Les joueurs du SMC leur doivent bien ça.
(3)Alors qu’il menait 2-0 jusqu’à un quart d’heure de la fin, le Stade Malherbe s’est fait renverser par le DFCO avant d’arracher l’égalisation à la dernière minute des arrêts de jeu (J21. 3-3, le 13 février).
Mathieu BILLEAUD






