Nombreux sont les supporters de l’US Avranches à ne pas avoir résisté à l’envie d’entrer sur le terrain une fois le cinquième tir au but de Nassim Sabihi au fond des filets de Grégoire Coudert lors de la qualification aux dépens de Brest (L1), le 20 décembre. Il faut dire que les hommes de Cédric Hengbart savent faire durer le suspense. En Coupe de France, depuis quatre tours, ils ont systématiquement composté leur billet à l’issue de la séance fatidique. Après avoir éliminé le SU Dives-Cabourg (N3, 6e tour, 1-1, 5-4), puis le Paris 13 Atletico (N1, 7e tour, 0-0, 5-3 tab) et le FCM Aubervilliers (N3, 8e tour, 1-1, 2-0 tab), c’est le Stade Brestois, 11e de Ligue 1, et participant à la Ligue des Champions la saison passée, qui est tombé au Stade René-Fenouillère lors des 32e de finale (1-1, 5-4 tab). À l’issue de la qualif' contre les Franciliens fin novembre, le portier manchois Anthony Beuve nous avait confié que son équipe serait désormais considérée comme une spécialiste de l’exercice. Force est de constater qu’aussi professionnel que soit les Finistériens, ils sont eux aussi tombés dans le piège.
"Apparemment, ils sont très performants aux penaltys, ils étaient passés lors des trois tours précédents de cette manière-là", réagissait Eric Roy, l’entraîneur des Bretons après leur élimination avant les fêtes de Noël. Une tournure de phrase qui interroge. Soit son équipe n’avait pas été prévenue, soit lui n'était pas au courant, soit il pensait certainement se qualifier dans le temps réglementaire. Mais réduit à dix après seulement 23’ et l'expulsion de Julien Le Cardinal, puis mené au score après le but de Nassim Sabihi (24’), ses joueurs ont vu leur tâche sérieusement se compliquer. Et ce, même si Rémy Labeau Lascary a inscrit un magnifique retourné pour égaliser (34’). "On va directement aller aux tirs au but, on ne va plus joueur les matchs", plaisantait, de son côté Cédric Hengbart, après cette nouvelle qualification. "On sait qu’Anthony (Beuve) aime cet exercice, c’est un compétiteur qui aime les duels, les un-contre-un. Mais ce qui est bien, c’est que depuis quelques matchs, on n'en a pas beaucoup raté non plus". Pour preuve, contre Brest, les cinq préposés Avranchinais ont tous réussi leur tentative : Emeric Dudouit, Jessy Pi, Pierre Bourdin, Zourab Sopromadze et donc Nassim Sabihi.
Nassim Sabihi raconte la sélection des tireurs
Cette efficacité, autant du côté du portier que des frappeurs, trouve son essence dans un ingrédient très simple : le travail. "Si on va jusqu’en demi-finale en passant à chaque fois par les tirs au but, je prends", rigolait Anas Lamrabette qui avouait quand même que le taux de réussite de l'US Avranches aux tirs au but ne relevait pas du hasard. "Le coach veut qu’on travaille souvent les penaltys, avant chaque match de coupe. Que ce soit contre une N3, une R1 ou une Ligue 1, on les travaille de la même façon et puis on est efficace même à l’entraînement, car on se met dans des ambiances de match". Un joli pied de nez à tous ceux qui pensent encore que l'épreuve ne consisterait qu'à une loterie. L’aspect psychologique, la fatigue, la fraîcheur, la façon de tirer ou de choisir un côté... Tous ces facteurs sont pris en compte au moment clé. On pourrait d'ailleurs penser qu’il y a des spécialistes dans le club du Sud-Manche, mais apparemment, le choix des cinq tireurs est un peu plus complexe.
Le héros de cette soirée du 20 décembre, Nassim Sabihi, a vendu la mèche. "Chaque veille du match, on tire tous un penalty. Celui qui rate est éliminé, et ne tire pas le jour du match. Et ceux qui restent sont dans les cinq. C’est un peu un jeu, mais avec une certaine pression. Hier (la veille des 32e), j’ai tiré, j’ai marqué, et donc ce vendredi, j’ai tiré... et j’ai marqué". Cet exercice, qui entraîne aussi bien les tireurs que les gardiens, est confirmé par Pierre Bourdin, auteur de la troisième tentative avranchinaise face aux Bretons. "On fait une série éliminatoire chaque semaine de coupe, c’est du vrai travail, quel que soit l’adversaire. Même contre des plus petites équipes, car c’est nous qui pouvons aussi être accrochés. On sait qu’Anthony peut en sortir un ou deux à chaque fois, donc on se dit qu’en tant que tireur, si on les marque tous, on se qualifie. C’est ce qui s’est passé contre Brest avec un cinq sur cinq". En faisant chuter un pensionnaire de Ligue 1 par sa maîtrise de cette séance fatidique, l'US Avranches rappelle à tous que le succès sourit aux audacieux, mais surtout aux mieux préparés.
> Coupe de France. 16e de finale - US Avranches (N2) / Strasbourg (L1), samedi 10 janvier à 18 heures au Stade René-Fenouillère.
Florian POLTEAU-GOMEZ






