Parcours, course à la qualification, souvenirs olympiques... En partenariat avec la Région Normandie, la rédaction de FOOT NORMAND a décidé de mettre à l'honneur les athlètes de la Team Normandie. Paris 2024 désormais dans le rétroviseur, tous se projettent sur les Jeux Olympiques et Paralympiques de Los Angeles en 2028.
Son parcours
"J'ai joué au handball de mes 8 à 13 ans. J'étais vraiment passionnée"
La vocation de Justine Lemeteyer pour les sports nautiques est naturelle, "J’ai grandi dans une école de voile", mais la championne de windsurf n’est pas passée par des voies habituelles pour en arriver au haut niveau. Ses parents, Sophie et Raphaël, tenaient le club de voile de Luc-sur-Mer, dans le Calvados quand elle a pris ses premières leçons. Mais c’est d’abord vers le handball que la jeune fille s’est tournée, et a commencé à performer. "J’y ai joué de mes 8 à mes 13 ans", rembobine-t-elle. Passée par les clubs de Douvres-la-Délivrande puis Ouistreham, elle finit par intégrer les équipes de jeunes du CL Colombellois, réputé pour être l'une des meilleures structures féminines en Normandie. "J’avais un bon niveau, j’allais jouer en régionale quand j’ai arrêté", témoigne celle qui deviendra finalement véliplanchiste, comme on disait au siècle dernier. "J’étais vraiment passionnée, je suivais les équipes de France, mais j’avais besoin d’être dehors. J’étais un peu saturée de faire des allers-retours entre le collège et le gymnase. J’en avais vraiment marre d’être enfermée donc je me suis dit que j’allais reprendre un sport en extérieur". Partis entre temps sur d’autres chemins professionnels, ses parents l’ont convaincue de reprendre une activité nautique.
"Je n’avais jamais vraiment lâché parce que c’était une activité familiale. Mes parents m’ont dit : « Va t’inscrire dans une école de voile et va faire de la compèt'. » J’ai suivi leur conseil et j’ai adoré". Sa nouvelle passion devient alors son occupation principale au point de devenir l'une des meilleures pratiquantes de la planche à voile en France. Aujourd’hui, Justine Lemeteyer fait partie du pôle France à Brest et possède un palmarès qui, à seulement 24 ans, est déjà long comme le bras : double championne du Monde 2024-2025 dans la catégorie slalom foil, cinq fois vice-championne du Monde et sextuple championne de France en slalom foil et slalom X. La licenciée du Club Océan Ouistreham vient également d’obtenir son DEJEPS de moniteur de voile ; diplôme indispensable pour enseigner la pratique de manière professionnelle. La Normande sort d’une saison 2025 exceptionnelle où elle a terminé première mondiale dans la catégorie slalom foil et n°2 dans la catégorie slalom X, derrière l’intouchable windsurfeuse d’Aruba, Sarah-Quita Offringa.
Son adaptation au format olympique
"Tout le monde a la même planche, le même fois, la même voile..."
Justine Lemeteyer rêve désormais des JO de Los Angeles en 2028. Mais pour y parvenir, le chemin s’annonce long et compliqué. Car comme elle l’explique, les épreuves de ce rendez-vous planétaire n’ont rien à voir avec celles qu’elle et ses adversaires ont l’habitude de retrouver sur les circuits de Coupe du Monde. "Il y a une différence avec la compétition olympique que je dois compenser sur le plan stratégique et tactique. C’est mon challenge". Les deux différences majeures concernent le matériel et le type d’épreuve. "En termes de matériel, on évolue chacune avec un sponsor tout au long de l’année. On le développe pour être le plus rapide possible, comme en Formule 1. Sur les Jeux, il n’y a qu’un équipementier qui fournit toutes les concurrentes, on est obligé d’acheter le matériel chez lui. Du coup, tout le monde a la même planche, le même foil, la même voile... Ce matériel n’a pas bougé depuis 2019. On pleure un peu quand on doit revenir dessus". L'objectif est donc de mettre en avant l'athlète et sa technique pure, pas la technologie.
Ensuite, l'épreuve, appelée iQFoil, n’est pas tout à fait celle que la Normande a l’habitude de disputer non plus. "Ce sont des parcours différents. En slalom, on fait ce qu’on appelle un W où on navigue par rapport au vent. C’est une course qui dure environ quatre minutes et qui peut nous faire monter jusqu’à 80 km/h avec une moyenne de 55-60. Sur l’épreuve olympique, ce sont des parcours plus construits, où il faut remonter l’axe du vent. On est donc sur des allures beaucoup plus lentes, plus sur du routage. Ce sont deux épreuves qui ne se ressemblent pas". Et évidemment, à courses différentes, règles différentes. "Ce qui est assez marquant, c’est qu’en Coupe du monde, il n'y a pas vraiment de règles. On prend le départ, on passe les bouées et on fonce vers la ligne d’arrivée. Entre les deux, il n’y a pas de règle. Si on voit un trou de souris, si on veut pousser, on a le droit. En formule olympique, il faut respecter des priorités, ça change complètement le jeu. Quand j’ai fait plusieurs semaines de slalom et que je reviens sur le format olympique, je me fais régulièrement disqualifier". Un souci de taille pour la windsurfeuse française.
La qualification pour Los Angeles 2028
"Je fais plus partie des outsiders"
Contrairement à d’autres disciplines, pas de billet pour les Etats-Unis via des minima ou sur une compétition qualificative. La sélection se fait sur décision de la Fédération française de voile, en fonction d’un suivi sur plusieurs courses et donc de la régularité des résultats des athlètes. "La particularité, c’est qu’il n’y a qu’une place par pays, un homme et une femme, et pas plus. Il faut donc être la meilleure Française. Ensuite, c’est la FFV qui valide ou non ta participation", détaille Justine Lemeteyer. Autant dire que c'est loin d'être gagné d'avance. Alors que sa polyvalence pourrait représenter un atout, il pourrait bien se transformer en inconvénient. La double championne du Monde de slalom foil est la seule qui s'aligne sur plusieurs disciplines à la fois : le slalom foil, avec une appendice qui fait « voler » la planche à 80 centimètres au-dessus de l’eau, et le slalom X, avec un aileron, qui se rapproche d'une planche à voile plus traditionnelle. Donc, malgré ses bons résultats, la Normande ne se place pas comme une évidence aux yeux de sa Fédération. "Je fais plus partie des outsiders. Car mes concurrentes ne sont vraiment que sur une seule discipline, et la Fédé va regarder les performances sur les disciplines olympiques".
Le chemin vers Los Angeles est donc encore très long pour Justine Lemeteyer. Paradoxalement, la jeune femme ne rêvait pas d’olympisme quand elle était petite. "Même si les JO m’ont toujours fait rêver quand même en tant que sportive, cette envie de disputer les Jeux est assez récente. Ce sont les changements dans cette discipline qui m’ont poussé à m'engager. Avant la planche était lourde, grosse, avec une dérive donc ça n’avançait pas et ça ne m'attirait pas. Après Tokyo 2020 (disputé en 2021 en raison de la crise sanitaire de la Covid 19) et donc pour Paris 2024, le support a changé, on est passé du RS:X avec une dérive traditionnelle à l’iQFOil avec un foil, une planche plus rapide. Ça m’a attiré car cela se rapprochait de ce que je pratiquais, une discipline beaucoup plus fun". Après avoir tenté sans succès d’obtenir son billet pour les JO de Paris, où, de son propre aveu, elle est n’était pas encore assez mature pour y parvenir, ses yeux sont donc désormais tournés vers la Cité des Anges. Justine Lemeteyer qui a été en 2025 n°1 mondiale en slalom foil et n°2 en slalom X, part tout de même avec une confiance qui peut l’aider à décrocher ce billet. On se donne rendez-vous dans un peu plus de deux ans pour connaître la réponse.
Florian POLTEAU-GOMEZ

Justine Lemeteyer
- Née le 29 juillet 2002 (24 ans).
- Discipline : windsurf / planche à voile
- Club : Club Océan Ouistreham (Calvados)
- Titulaire d’une licence STAPS en éducation sportive et motricité
- Titulaire d’un DEJEPS moniteur de voile
Palmarès
- 2 fois championne du Monde en Slalom Foil (2024-2025)
- 5 fois vice-championne du Monde (de 2022 à 2025) en Slalom Foil et Slalom X
- 7 fois championne de France (de 2020 à 2025) en Slalom Foil et Slalom X
- N°1 mondiale au PWA World Tour Ranking en Slalom Foil en 2024 et 2025






