Alors que l'on avait fixé rendez-vous au président, Didier Goujon (60 ans), par téléphone, c'est Marie-France (63 ans) qui décroche. Le chauffeur-livreur de profession a délégué à sa femme, nourrice et très bientôt à la retraite, le soin de nous répondre. Et pour cause, elle est secrétaire du FC Biville-la-Baignarde depuis une vingtaine d'années. "Je m'occupe de tout l'administratif", explique-t-elle au bout du fil. "Didier est en train de refaire la cour derrière, il m'a dit que ça l'arrangerait bien si je faisais l'interview". Vu la gouaille de Madame Goujon, on est assurément bien tombé. "Nous sommes arrivés ensemble à la tête du club il y a 23 ans maintenant. Il a été créé en décembre 1984, je le sais bien, car c'est inscrit sur tous les papiers qu'on donne aux sponsors. Je connais la date par cœur maintenant". De toute façon, impossible de l'oublier, car elle est également inscrite sur le logo. "Nous sommes dans un tout petit village de 570 habitants et nous comptons 130 licenciés. Nous possédons sept équipes, des vétérans aux U6-U7".
Ce ratio habitants/licenciés ferait pâlir de nombreuses autres associations sportives : une équipe vétéran, deux chez les seniors, et une dans les catégories U13, U9, U8 et donc U6-U7. Avec, réparties un peu dans toutes les catégories de jeunes, cinq joueuses qui tentent de se frayer une place. La situation du village est assez idéale, à mi-chemin entre Rouen et Dieppe, sur la Nationale 27. Mais évidemment, vu la taille de la commune, beaucoup de joueurs viennent des communes aux alentours. "Nous en avons eu qui sont quand même venus de loin, de Paris pour certains", annonce la secrétaire avec un brin de satisfaction. Et pour gérer tout ce beau monde : la famille Goujon. Didier et Marie-France donc, mais également leurs deux filles, Audrey et Priscilla. La première officie en tant que trésorière, la seconde s'occupe des sponsors. Ajoutons-y le gendre, Amed Omar, arbitre officiel du club. "Nous sommes des passionnés de foot. Surtout quand il y a des matchs à la télé, alors là… Nous avons des supporters de tout le monde : un Parisien, un Marseillais, un Lensois… Mon petit-fils, Naël joue en U16 au FC Rouen. Il est en sport-études à l'Institution du Sacré-Cœur", rapporte fièrement sa grand-mère.
Un stade au nom protecteur
Les deux équipes seniors du FC Biville-la-Baignarde évoluent en championnat de district de Seine-Maritime. "Notre équipe du matin est en D3 et notre formation après-midi est en D2. L'objectif était de monter en D1, mais cette saison, c'est très difficile. On n'y a jamais évolué. Ça reste un objectif après lequel on court toujours..." Mais à entendre Marie-France Goujon, avec un peu de fatalité dans la voix, ce n'est pas la priorité absolue. "Nous n'avons pas beaucoup de moyens. Nos sponsors sont des petites entreprises locales, on a un supermarché, une station essence, un restaurant…. Voilà pour les panneaux publicitaires autour du terrain. Ils nous rapportent à peu près 250 euros chacun". Sans gros partenaires, le club organise des lotos, des tombolas et des repas pour essayer de faire entrer un peu d'argent dans les caisses. "On a notre tournoi annuel également où on essaie de faire tourner la buvette au maximum", précise la dirigeante. "Avant, c'était sur deux week-ends d'affilé avec 16 équipes à chaque fois, mais c'était trop compliqué à organiser. Nous sommes passés sur le samedi pour les enfants et le lendemain, le dimanche, pour les adultes avec 20 équipes".
Dernière anecdote sur ce club pas comme les autres, et non des moindres, l'édition 2026 du tournoi aura lieu les 13 et 14 juin, alors que la veille, le 12, sera la fête de Saint Onuphre, le deuxième saint patron du village, après Saint Paterne, et qui a donné son nom au stade. "En 1984, le club a débuté sur un vrai champ de patates. Ce n'est pas une expression, c'est presque la vérité. Un ancien terrain avait été mis à disposition par quelqu'un du village pour que les joueurs puissent y évoluer. Il y avait un petit bâtiment en tôles qui servait de vestiaires. Aujourd'hui, on évolue au Stade Saint Onuphre. Il doit y avoir quelque chose autour de ce saint, car avant, on le fêtait chaque année au village". Nous n'avons pas pu établir ce lien, mais toujours est-il que ce religieux était un moine ayant vécu de 320 à 400 après Jésus-Christ, vivant en ermite dans une grotte du Sud de l'Egypte, et à qui on a attribué divers pouvoirs de guérison. "Sur un stade de foot, ça peut servir. On va faire appel à lui en cas de pépin", rigole Marie-France Goujon. C'est avec cet esprit de famille et bon enfant que le FC Biville-la-Baignarde veut continuer à vivre encore longtemps.
Florian POLTEAU-GOMEZ

FC Biville-la-Baignarde
- Création en 1984
- Président : Didier Goujon, depuis 2003
- 130 licenciés
- 2 équipes seniors en D2 après-midi et D3 matin
- 1 équipe vétéran, 1 équipe U13, 1 équipe U11, 1 équipe U9, 1 équipe U6-U7






