Ils jouent toujours à Malherbe
Quatre ans après la finale perdue au Stade de France, ils sont encore quatre à défendre les couleurs « Rouge et Bleu » dont Mohamed Hafid. Alors que son pied gauche avait enchanté cette campagne de Gambardella, le Franco-Marocain fut le premier de cette génération à être lancé dans le grand bain du monde « pro », un soir de janvier 2023. Longtemps en avance sur ses partenaires de la promotion 2004, du temps de Stéphane Moulin pourtant peu réputé pour faire des cadeaux aux jeunes, le natif de Cherbourg n’a pas confirmé les deux années suivantes avec les multiples coachs qui se sont succédé sur le banc caennais (Jean-Marc Furlan, Nicolas Seube, Bruno Baltazar, Michel Der Zakarian). Souvent perturbé par des pépins physiques, à une cheville notamment, « Momo », comme le surnomment ses proches, a même disparu de la circulation lors de la seconde partie de la saison passée. Mais l’actuel n°22 du Stade Malherbe a repris sa marche en avant durant cet exercice 2025-2026 (24 apparitions en N1 pour quatre buts et deux passes décisives). Le changement d’entraîneur, avec le remplacement de Maxime d’Ornano par Gaël Clichy à Noël, a encore renforcé son statut d’indispensable au sein d’un collectif, il faut bien le reconnaître, extrêmement pauvre en qualité technique. Alors que l’ailier droit se trouve contrat jusqu’en 2027, l’ex-Citizen semble vouloir construire le SMC de demain avec lui.
"On a deux joueurs de qualité et Momo en fait partie (...) C'est clairement lui qui peut-être le détonateur. Il faut trouver cette formule pour que l'équipe le pousse à être performant"
Gaël Clichy, l'entraîneur du SM Caen sur Mohamed Hafid
Lui aussi lié à son club formateur pour encore une saison, Diabé Bolumbu a épousé une trajectoire presque similaire à son coéquipier, précédemment cité. Alors qu’on lui prête un potentiel certain, plus avec le ballon que sans d’ailleurs, sa carrière n’a pourtant pas réellement décollé depuis cette épopée en Gambardella. Barré par la concurrence d’Ali Abdi jusqu’au mercato estival 2024, le latéral gauche, peut-être plus à l’aise en position de piston, n’a pas non plus saisi sa chance quand elle s’est présentée. A sa décharge, son corps ne l’a jamais laissé tranquille depuis quatre ans (pubalgie, ménisque, épaule…). Et alors qu’un nouveau départ s’offrait lui avec la nomination de Gaël Clichy (deux titularisations de rang fin janvier - début février) ; ses qualités offensives convenant au style de jeu prôné par le technicien, le n°3 des « Rouge et Bleu » a été fauché par une énième blessure, cette fois-ci à un genou.
Troisième membre de cette génération 2004 à appartenir à l’effectif « pro », Gabin Tomé n’a, pour l’instant, pas convaincu les différents coachs qui ont dirigé le Stade Malherbe de l’intégrer, ne serait-ce que dans la rotation de l’équipe première. Engagé jusqu’en 2028, le milieu défensif ne compte en tout que sept apparitions en Ligue 2 et en National. Par contre, depuis quatre saisons, il est l’un des piliers de la réserve qui lutte actuellement pour son maintien en N3. Son avenir passera peut-être par un départ (un prêt ?) l’été prochain.
Idem pour Antoine Lepeltier. Plus jeune d’un an que ses trois partenaires, le défenseur originaire de Vire n’a pas franchi la dernière marche avec son club formateur, même s’il s’entraîne régulièrement avec les « pros », encore récemment sous Gaël Clichy. Pour le capitaine de la « B », sous statut amateur depuis l’exercice précédent, l’aventure avec le SMC semble toucher à sa fin. Mais nul doute qu’il rebondira. Son potentiel lui permet, d’ores et déjà, de viser une « écurie » de N2.

S'il a décroché un contrat « pro », Gabin Tomé n'est pas parvenu, pour le moment, à se faire une place dans la rotation de l'équipe première du SMC. ©Damien Deslandes
Ils évoluent dans d’autres clubs « pros », mais en réserve
Buteur au Stade de France en 2022, Abdoulaye Niakaté n’a, pour le moment, pas confirmé tout le potentiel qu’on lui prête. Après avoir signé « pro » avec Malherbe, pour une durée d’un an, l’attaquant n’a pas vu l’option de deux années supplémentaires qui figurait dans son contrat être levée. Dans la foulée, à l’été 2025, il a rejoint l’EA Guingamp, sous statut amateur, où il joue avec la réserve (N3). Il devrait toujours y évoluer la saison prochaine.
Trajectoire identique pour Héliohdinho Tavares (trois apparitions en L2 avec le SMC tout de même, pendant l’exercice 2024-2025) à un « petit » détail près. Grâce à ses performances avec la « B » de l’En Avant, celui qu’on a connu latéral ou piston mais qui a été repositionné axial droit devrait dans un futur proche grimper avec le groupe de Sylvain Ripoll.
Leur coéquipier de l’époque, Robin Verhaeghe a parcouru un peu plus de kilomètres pour poursuivre sa carrière naissante. N’ayant pas décroché le précieux sésame, un contrat professionnel avec le club caennais, malgré une poignée d’apparitions en Ligue 2 la saison passée (trois, lors des trois dernières journées), le défenseur central a filé au Pau FC, où il se trouve sous statut amateur. Il fréquente les rangs de la réserve, en N3, tout en s’entraînant quelquefois avec l’équipe fanion (L2).
Ils sont partis à l’étranger
Son histoire en « Rouge et Bleu » s’est terminée sur une fausse note à l’été 2025, avec cet arrêt maladie qu’on a pu interpréter de l’extérieur comme une manière de forcer son départ ; ce qu’il avait au final obtenu. Depuis, Noé Lebreton a repris des couleurs avec le NEC Nimègue, troisième d’Eredivisie. Après une période d’adaptation, le Manchois flambe en 2026 dans un nouveau rôle de… milieu offensif ! Dans un schéma en 3-4-2-1, il fait partie des deux plus proches soutiens de l’attaquant. Titulaire neuf fois sur les 11 dernières journées du championnat de D1 néerlandaise, l’ex-Caennais a inscrit deux réalisations et délivré quatre passes décisives ! A ce total, s’ajoutent deux autres d’assists en Coupe des Pays-Bas ; compétition pour laquelle son club est qualifié pour la finale, mi-avril*. Des prestations qui ne sont pas passées inaperçues. Profitant d’une cascade de forfaits, Noé Lebreton vient d’être appelé pour la première fois en équipe de France Espoirs, a fêté son baptême du feu sous le maillot des Bleuets et a même débloqué son compteur but. Et il se murmure que l’Ajax d’Amsterdam et Lens auraient un œil sur lui. Pouir info, il est lié jusqu’en 2029 avec le NEC Nimègue.
*Toutes compétitions confondues, Noé Lebreton totalise avec le NEC Nimègue cinq buts pour six passes décisives avec son club.
⚽️ 𝗠𝗔𝗚𝗡𝗜𝗙𝗜𝗤𝗨𝗘 𝗖𝗘 𝗖𝗢𝗡𝗧𝗥𝗢̂𝗟𝗘 𝗗𝗘 𝗡𝗢𝗘 𝗟𝗘𝗕𝗥𝗘𝗧𝗢𝗡 🇫🇷 𝗔𝗩𝗘𝗖 𝗟𝗔 𝗙𝗥𝗔𝗡𝗖𝗘 𝗘𝗦𝗣𝗢𝗜𝗥𝗦 ! 🤩
Son premier but avec les Bleuets.
L’Islande 🇮🇸 a ensuite égaliser sur penalty.
🎥 @ZackNaniTV
pic.twitter.com/O6aVGFtHdj— Actu Foot (@ActuFoot_) March 30, 2026
Lui aussi a quitté son club formateur l’été dernier, direction la Pologne et le KS Cracovia de Luka Elsner, l’ancien entraîneur du Havre AC, un contrat de quatre ans à la clé. Comme son grand ami, Noé Lebreton, Brahim Traoré a eu besoin d’une période d’adaptation dans un championnat qui ressemble à la Ligue 2 en France. Et pour cause, hormis deux apparitions en coupe nationale, il a dû attendre le 7 novembre pour effectuer ses premiers pas en championnat. Depuis, son temps de jeu s’est nettement amélioré avec sept titularisations en l’espace de 12 journées au sein d’une formation classée 9e, mais seulement à cinq longueurs du podium.
"Depuis janvier, j'ai constaté une vraie bascule, avec de réels progrès dans la lecture du jeu, dans les un contre un, dans la concentration... A son arrivée, il a éprouvé quelques difficultés à s'adapter , à communiquer. Il ressortira enrichi de cette expérience"
Luka Elsner, coach de Brahim Traoré au KS Cracovia
Benjamin de l’équipe finaliste au Stade de France, Tidiam Gomis (19 ans) avait, lui, quitté le cocon caennais six mois auparavant, durant le mercato d’hiver 2025. Au RB Leipzig, qu’il a donc rejoint, l’international U20 Tricolore est systématiquement dans le groupe ; ce qui n’est déjà pas une mince performance dans un club qui aspire à disputer de nouveau la Ligue des Champions la saison prochaine (actuellement 4e de Bundesliga), après avoir été privé de Coupes d’Europe cette année. Il a même ouvert son compteur but à la mi-décembre. Mais le jeune attaquant doit souvent se contenter de miettes. Si son temps de jeu moyen par apparition est de 20’, il se trouve en chute libre sur la phase retour. Sur les 11 dernières journées, le natif de Bouafle cumule 79’, avec quatre matchs où il est resté sur le banc. Au sein de la galaxie Red Bull (le groupe possède une demi-douzaine de clubs à travers le monde), il ne sera pas étonnant qu’un prêt soit envisagé l’été prochain afin que Tidiam Gomis, sous contrat jusqu’en 2029, poursuive sa progression.
Son compère de l’attaque de l’époque, Norman Bassette connaît un début de carrière moins stable. Depuis ses premiers pas chez les professionnels, en septembre 2021, alors qu’il n’avait pas encore soufflé sa 17e bougie, l’international espoir belge a déjà défendu les couleurs de cinq clubs différents : le SMC donc, Malines en Belgique, Coventry en Angleterre, Reims en Ligue 2 et Kaiserslautern où il est prêté depuis fin janvier. Toutefois, en D2 allemande, l’éphémère chouchou de d’Ornano, qui avait séché l’entraînement à l’époque pour accélérer son transfert, semble avoir trouvé un football plus propice à son épanouissement. Sur le dernier mois et demi de compétition, il a claqué deux buts et délivrant autant de passes décisives.

Norman Bassette, du temps de l'épopée en Gambardella en 2022 où il a été l'éphémère chouchou du public de d'Ornano. ©Damien Deslandes
Ils sont redescendus au niveau régional
Capitaine de cette équipe de Gambardella en 2022, Maël Obé n’a pas réussi à percer avec le Stade Malherbe. S’il est resté une année supplémentaire derrière la finale au Stade de France, sous statut amateur, le gardien a dû se contenter de garder les cages des U19 (une seule apparition avec la réserve, en N2 à l’époque, contre sept la saison précédente). Après quelques mois sans club, le natif de Dieppe a rebondi à l’AF Virois, depuis le mois d’octobre 2023. N°2 dans la hiérarchie derrière Louis Deschateaux, un autre ancien portier formé dans la maison « Rouge et Bleu », il évolue principalement avec la « B », pensionnaire de R2 pour cet exercice 2025-2026, tout en exerçant une activité professionnelle en parallèle.
Sa doublure contre Lyon, il y a quatre ans, Tristan Pickeu évolue également dans les rangs régionaux, au SC Beaucouzé, pensionnaire de R1 des Pays de la Loire. Auparavant, le neveu d’Olivier Pickeu, l’ex-président du SMC, avait passé une saison au SU Dives-Cabourg (N3), en, tant que doublure de Maxime Verrier, après deux années quasi-blanches à Malherbe.
Faisant partie des deux seuls éléments non conservés de cette promotion, Sacha Fihmi a rejoint le voisin de La MOS. Le défenseur joue actuellement au sein de la réserve maladienne, en R2. Entré à quelques minutes de la fin au Stade de France, Raphaël Herlem n’avait pas non plus connu de prolongement avec le SMC. Retourné dans le Nord, d’où il est originaire, l’arrière a vécu une saison blanche, avant de s’engager en faveur de l’USLD Dunkerque, où il n’a évolué qu’avec l’équipe « B », avant de signe au RC Calais (N3) puis à l’US Gravelines (R1) cette saison.
On a un peu perdu leur trace
C’était l’un des « personnages » de cette promotion, avec son sourire dont il ne se dépareillait jamais. Plus jeune de deux années par rapport à la plupart de ses partenaires, Serviliano Sa Silva (génération 2006) a continué encore deux années sous le maillot « Rouge et Bleu » après la finale au Stade de France, mais sans jamais dépasser la case U19. Depuis 2024, le milieu de terrain, au gabarit de poche, se trouve sans club. Il est à la recherche actuellement d’un projet en Belgique.
> Coupe Gambardella. Quart de finale - SM Caen / Paris SG, dimanche 5 avril à 15 heures au Stade Michel-d'Ornano.
Mathieu BILLEAUD
Une génération qui n'a pas rapporté tant que ça

Vainqueur de la Ligue des Champions avec le PSG la saison dernière et international Français, Désiré Doué figurait dans l'équipe rennaise éliminée par Malherbe il y a quatre ans en demi-finale de la Gambardella. ©Damien Deslandes
Si certains observateurs et supporters des « Rouge et Bleu » déplorent que le Stade Malherbe n'ait pas assez profité de cette génération qu'on qualifie de dorée à son échelle, les finalistes de la Gambardella 2022, dont neuf d'entre eux ont paraphé leur premier contrat « pro » avec leur club formateur, ont tout de même effectué 325 apparitions en équipe première, toutes compétitions confondues (Ligue 2, National, Coupe de France). A eux deux, Brahim Traoré et Noé Lebreton pèsent la moitié de ces matchs !
S'il y a des regrets à nourrir concernant cette génération, ils se portent plutôt sur le volet économique. Pour les transferts de Norman Bassette, Tidiam Gomis, Brahim Traoré et Noé Lebreton, le club caennais n'a encaissé que 5,5 M€ ! Bien sûr les bonus à venir, les pourcentages sur les futures reventes et les indemnités de formation tout au long de leur carrière feront grossir ce montant. Une somme qui aurait pu être déjà bien supérieure si les dirigeants de l'époque avaient accepté l'offre du Bayer Leverkusen concernant Tidiam Gomis (une part fixe de 5 M€ + des bonus qui auraient permis de doubler cette indemnité).
A titre de comparaison, le Stade Rennais a encaissé avec les ventes de ses joueurs formés au club et alignés en demie contre le SMC en 2022 plus de 175 M€ ! Il faut dire que ce jour-là, à d'Ornano, les « Rouge et Noir » avaient aligné une « Dream Team » : Jérémy Jacquet (à Liverpool à partir de la saison prochaine), Jeanuël Belocian (Wolfsburg), Lesley Ugochukwu (Burnley), Désiré Doué (Paris SG), Mathys Tel (Tottenham)... Ce qui ne les avait pas empêchés de mordre la poussière face à la bande à Nicolas Seube.






